Epargne : comment maîtriser ses émotions
Par Hugo Bompard, cofondateur et directeur scientifique de Nalo
L’investissement et les émotions font souvent mauvais ménage et nous poussent à prendre des décisions parfois contre-productives. Pourtant, l’émotion interfère inéluctablement dans nos arbitrages : c’est ce qu’on appelle les « biais cognitifs ». S’il est difficile de s’en défaire, certaines bonnes pratiques permettent de garder la tête froide, en particulier en cas de forte volatilité ou de baisse des marchés financiers.
La plupart des économistes ont construit des modèles d’analyse basés sur la rationalité des agents, en partant du postulat que chaque individu est capable d’opter systématiquement pour la solution la plus avantageuse à partir des informations dont il dispose. Selon eux, la seule altération à la prise de bonnes décisions serait induite par l’asymétrie d’information.
, Pourtant, dans les faits, les marchés boursiers peuvent présenter des anomalies, qui mettent en évidence l’irrationalité des agents économiques. En cause, les biais cognitifs et les interférences émotionnelles au moment de prendre une décision.
, Des biais cognitifs qui altèrent le jugement des investisseurs
, Un biais cognitif est une erreur d’analyse. Nos émotions peuvent en être la cause, mais pas seulement : la manière dont notre cerveau perçoit certaines informations peut amener à des conclusions erronées. Par exemple, lorsque le cerveau est assailli d’un trop-plein d’informations, il va en retenir seulement quelques-unes jugées essentielles. Les investisseurs sont particulièrement exposés aux biais cognitifs lorsque leurs décisions reposent sur des aléas ou des probabilités. En voici quelques-uns :
, • Le biais de nouveauté repose sur la tendance à se rappeler plus facilement les événements récents plutôt que les anciens. En finance, ce biais peut pousser à croire, à tort, qu’une tendance observée récemment est immuable. À la vue d’une courbe haussière, un investisseur victime de ce biais sera en disposition de croire que la croissance se poursuivra, faisant abstraction des statistiques plus anciennes. Ce biais cognitif participe donc souvent à la création de bulles spéculatives.
, • Le biais domestique s’illustre par une préférence à investir en France plutôt qu’à l’étranger. Cette tendance est notamment induite par le côté rassurant de la proximité ainsi que la meilleure connaissance des entreprises locales. Les épargnants français ont ainsi tendance à surpondérer les entreprises hexagonales en investissant à 80% dans des actions françaises alors que celles-ci ne représentent que 5% du marché mondial. Or, composer un portefeuille exclusivement de valeurs issues d’une seule zone géographique expose fortement ce dernier au risque géopolitique, macroéconomique, politique, fiscal ou même climatique de ladite zone. Au contraire, un bon portefeuille d’investissement doit être fortement diversifié.
, • Le biais rétrospectif consiste à surestimer notre capacité à expliquer des événements passés. Il traduit notre excès de confiance lorsqu’il s’agit d’établir des liens de cause à effet entre deux événements. Certains intervenants s’imaginent ainsi savoir quand aura lieu la prochaine crise, ou le prochain krach boursier, alors qu’il est pourtant impossible de prédire l’évolution des marchés financiers.
Des conseils pour éviter de prendre des décisions d’investissement biaisées
Des bonnes pratiques sont donc à suivre pour ne pas se faire piéger par ces biais. Tout d’abord, pour éviter d’avoir à vendre des titres en cas de besoin et d’être confronté à une situation d’urgence, il est impératif de se constituer une épargne de précaution, équivalente à 3 mois de salaire environ. Pour cette épargne de très court terme, un placement sans risque et hyper liquide, comme le livret A, est à privilégier.
Par ailleurs, définir ses objectifs d’investissement en amont de toute opération, permettra de calibrer une prise de risque adéquate, d’établir une stratégie, et de s’y conformer. Lors de tout investissement, il convient de définir dans quel objectif et à quel horizon le placement doit porter ses fruits espérés. En ce sens, dans le cadre d’un horizon de 10 ans, la rentabilité et la performance de son investissement ne doivent s’apprécier qu’à l’issue de cette période. Remettre en question quotidiennement la stratégie risque d’apporter un stress inutile, source de mauvaises décisions. Le meilleur moyen de faire face au risque et à ses émotions est de consulter ses comptes que très modérément, une fois par an par exemple.
Enfin, la gestion pilotée, ou gestion sous mandat, peut être une solution pour se décharger de l’effet anxiogène que peuvent avoir les marchés. Cela consiste à confier la gestion de votre portefeuille à un professionnel qui construira une allocation diversifiée et optimisée, tout en respectant un niveau de risque adapté à vos objectifs. Et ce, quel que soit l’enveloppe fiscale : assurance-vie, PEA ou encore épargne-retraite. Dès lors, l’épargnant est déchargé de tout arbitrage potentiellement biaisé qu’il pourrait avoir à effectuer au sein de son portefeuille.
Plus d'articles du même thème
-
Akto lance un appel d'offres pour la retraite de ses salariés
L’opérateur de compétences recherche un mandataire pour gérer la retraite de ses employés. -
France Epargne présente six propositions fiscales pour protéger le pouvoir d'achat des épargnants
L'association (ex-Faider) suggère notamment la mise en place de la transférabilité des contrats d'assurance vie et d'épargne retraite entre des membres et générations d'une même famille. -
Budget 2027 : le régime du loueur de meublé non professionnel raboté par Bercy
Si l'épargne échappe à un durcissement de la fiscalité, les revenus issus de la location meublée, eux, sont bien dans le viseur du gouvernement.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Les banques françaises ne savent pas parler aux femmes
- Les banques européennes chutent avec le rebond des taux souverains
- Les gestionnaires d'actifs réduisent la voilure sur la dette française
- L’économie américaine est suspendue aux élections de mi-mandat
- L'investissement immobilier évolue pour s'adapter à l'incertitude
Contenu de nos partenaires
-
#DigitalCitizenParcoursup : pourquoi les lycéens se trompent de cible
Les lycéens qui manifestent concentrent leur colère sur Parcoursup, qui laisse chaque année 120 000 candidats sans proposition dans l'enseignement supérieur. Mais la plateforme manque moins d'utilité que d'humanité -
L'Odyssée de l'IA, 2026Silvano Sansoni (ChapsVision) : « Nous voulons construire un champion européen au rayonnement mondial »
Nommé directeur général groupe de ChapsVision en novembre 2025 après une longue carrière chez IBM, cet ancien élève de l'ENA pilote la scale-up française qui vient de décrocher, face à Palantir, un contrat avec la DGSI -
Merci mais non merciBudget : la réponse des socialistes à la lettre de Sébastien Lecornu
Dans une lettre adressée aux députés PS, révélée par Le Parisien, le Premier ministre réaffirme sa volonté de trouver des convergences avec les socialistes, en respectant un principe de « stabilité fiscale ». En l’absence de lettre rectificative, les troupes de Boris Vallaud lui opposent une fin de non-recevoir