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Investir durablement : de la tendance à la norme
En 2021, la durabilité dominait encore les marchés financiers. L’enthousiasme pour les investissements durables atteignait un sommet, avec des flux de capitaux massifs vers les fonds durables et des prix d’actions, comme celles des entreprises d'énergie verte, gonflés. Les rapports d’entreprises étaient remplis de termes à la mode comme «ESG» et «durabilité», avec un sentiment que la transition durable était inévitable.
De la durabilité à l’IA
Toutefois, en 2023, les fonds d’investissement durable ont commencé à subir des sorties importantes de capitaux. Deux indices créés par la Société Générale, censés profiter de la transition énergétique mondiale, ont sous-performé les indices de référence. Ce revirement coïncide avec l'émergence de l’IA, notamment via ChatGPT, qui a rapidement capté l’attention des investisseurs. En parallèle, le virage politique vers la droite a également joué un rôle. Les investisseurs anticipent une période difficile pour l’investissement durable, notamment après la victoire de l’extrême droite aux élections du Parlement européen.
De l’enfance à l'âge adulte
Cette situation ne signifie pas pour autant la fin de l’investissement durable. En réalité, il s’agit plutôt d’une normalisation des valorisations et des flux de capitaux. Les développements récents reflètent l'évolution de nombreuses industries durables, qui sont passées d’une phase de démarrage à une phase de croissance plus modérée. Par exemple, en Chine, les attentes de croissance pour les industries de la transition verte ont chuté de 35-40 % à environ 15 % par action, ce qui explique une baisse des valorisations boursières.
Par ailleurs, la législation européenne, notamment la SFDR, a renforcé les exigences en matière de durabilité, rendant le greenwashing plus difficile. Bien que cela ait temporairement réduit les actifs sous gestion de certains fonds, cela constitue un pas en avant. L'époque des fonds aux revendications douteuses touche à sa fin.
Une normalisation progressive
En dépit de la baisse des valorisations boursières, la prise de conscience sociale de l’inévitabilité de la transition durable s’accroît. Les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension, montrent un intérêt croissant pour les investissements durables. Même si cela n’est pas toujours visible dans les flux de capitaux traditionnels, un changement structurel est en cours.
Les risques liés à la durabilité sont désormais reconnus comme des risques matériels, tels que les sécheresses et les inondations, ce qui oblige chaque investisseur à les prendre en compte dans la gestion des risques.
La normalisation de l’investissement durable se fait progressivement, marquée par des flux de capitaux décroissants et des valorisations plus faibles, mais aussi par une prise de conscience sociale élargie de l’importance de la durabilité. Ce passage de l’engouement à la norme n’est pas une mauvaise nouvelle : il montre que l’investissement durable progresse vers la maturité et devient une nouvelle norme.
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