Les gérants naviguent entre changements rapides et prudence sur l’IA
Les sociétés de gestion utilisent déjà l’intelligence artificielle. Lors de l’AM Tech Day organisé par L’Agefi, elles ont rappelé qu’elles devaient s’assurer que les outils utilisés sont réellement efficaces et, d’un autre côté, veiller à ce que cette nouvelle technologie ne les déborde pas.
Alexei Grinbaum, directeur de recherche et président du comité opérationnel pilote d'éthique du numérique du CEA (à d.), lors de l'AMTech Day, le 04 novembre 2025.
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Les progrès de l’intelligence artificielle vont très vite et les gestionnaires d’actifs n’y échappent pas. Ses réelles avancées ne sont toutefois pas encore toujours claires. Lors de l’AM Tech Day organisé par L’Agefi le 4 novembre, les gestionnaires interrogés étaient unanimes. Si tous investissent dans l’intelligence artificielle, cette nouvelle technologie s’installe plutôt de manière «incrémentale», a expliqué Laurence Arnold, directrice monde de l’innovation chez Axa IM. Elle rappelle d’ailleurs que des études académiques, comme celle récente du MIT, concluent qu’il est très difficile de prouver une diminution des coûts liée à l’IA et que les organisations avaient beaucoup de mal, tous secteurs d’activité confondus, à remettre en question des processus bien établis.
Ce même discours se retrouve chez la plupart des grands gestionnaires. Isabelle Bourcier, directrice des opérations de HSBC AM au niveau mondial, qui intervenait aussi à l’AM Tech Day, confirme que la mise en place d’outils IA doit se faire de manière progressive. «Nous sommes dans des métiers qui sont extrêmement régulés», a-t-elle déclaré, notamment pour justifier une certaine prudence. «Nous faisons très attention. Nous commençons à utiliser des agents IA. Mais nous n’avons pas d’intelligence artificielle autonome qui remplace un collaborateur. Nous l’avons intégralement proscrit», a renchéri Fabrice Silberzan, chief operating officer du métier securities services chez BNP Paribas. Les gestionnaires se trouvent donc aujourd’hui à un stade où «l’humain contrôle, regarde si les tâches sont bien effectuées avant de les autonomiser d’une certaine manière. On arrive vers cette délégation plafonnée avec les agents IA, mais à condition qu’elle soit encadrée et pilotée», constate de son côté Richard Eudes, directeur en charge des activités data et AI chez Deloitte.
Face cachée de l’iceberg
Cette prudence affichée concernant l’adoption de l’IA n’empêche pas les gestionnaires d’œuvrer pour la diffuser. Il est difficile de mettre un chiffre sur les investissements qu’ils y consacrent, car ces dépenses sont gérées au niveau des groupes, mais Richard Eudes a une idée assez précise de la manière dont elles se répartissent. «Une part de 60% des budgets d’IA est largement consommée par les bases technologiques», déclare-t-il. Il s’agit des modèles de langage (LLM), des données, du contrôle de la qualité ou encore de la sécurité. Ces investissements ne sont pas directement perçus en externe, mais ce sont ceux qui doivent être menés en premier.
Ensuite, «20% des budgets vont logiquement sur les cas d’usage, l’intégration dans les métiers», explique le consultant. C’est la partie la plus visible. Enfin, 10% des investissements sont consacrés à des aspects de gouvernance de l’IA et les 10% restants sont dédiés à la conduite du changement, et principalement à la formation des collaborateurs.
Même si de nombreuses preuves de concept présentées ces dernières années aux gestionnaires d’actifs sont tombées aux oubliettes, les cas d’usage sont nombreux. Isabelle Bourcier illustre une des utilisations concrètes de l’IA avec l’exemple de l’analyse crédit, très consommatrice en recherche. «Nos outils permettent à nos gérants d’analyser très précisément leurs portefeuilles puis de les confronter, secteur par secteur, titre par titre, aux derniers rapports de recherche qui ont été publiés, pour ensuite prendre une décision d’investissement, décrit-elle. L’intelligence artificielle permet à nos gérants de gagner un temps impressionnant». De la même manière, Laurence Arnold explique que chez Axa IM, les outils d’IA sont déployés de manière individuelle pour les collaborateurs. Ils permettent «d’améliorer concrètement leur quotidien en optimisant l’exécution de certaines tâches et ainsi de consacrer davantage de temps aux tâches à forte valeur ajoutée».
Ces utilisations, aussi concrètes soient-elles, sont encore loin de l’image parfois fantasmée de l’intelligence artificielle. Même si selon Alexei Grinbaum, directeur de recherche et président du comité opérationnel pilote d'éthique du numérique du CEA, invité d’honneur de L’Agefi, les progrès effectués depuis quelques mois sont très importants. «L’IA a introduit plusieurs étapes de raisonnement. Cela permet de diminuer le taux d’hallucination et de pouvoir effectuer des tâches plus complexes», a-t-il expliqué.
L’intelligence artificielle d’aujourd’hui est donc déjà très différente de celle qui est apparue au grand public fin 2022. Le chercheur constate que les gestionnaires, comme les autres développeurs d’IA, doivent maintenant prendre en compte l’éthique et la réglementation avant même de commencer à développer leur projet. Et il n’est pas certain que demander son avis à une intelligence artificielle apporte les bonnes réponses.
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