Xavier Barbaro (Neoen) : «S’il y a une bulle des renouvelables, elle est alimentée par les pétroliers»
Le producteur d'énergies renouvelables Neoen lance une augmentation de capital de 600 millions d’euros afin d’atteindre un objectif ambitieux de doublement de ses capacités installées d’ici à la fin 2025. Alors que certains observateurs n’hésitent pas à parler de bulle des énergies renouvelables, Xavier Barbaro, président-directeur général du groupe, rappelle les atouts d’un pure player qui compte bénéficier de son avance pour accélérer sur ce marché.
L’Agefi : Neoen lance ce vendredi une augmentation de capital de 600 millions d’euros. Pourquoi faites-vous appel au marché ?
Xavier Barbaro : Nous avons annoncé la semaine dernière un programme d’investissements de 5,3 milliards d’euros sur la période 2021-2025 afin d’atteindre 10 gigawatts de capacités en opération ou en construction fin 2025. La majorité de ce programme sera financée grâce à notre capacité à lever de la dette projets auprès des établissements financiers ainsi qu’aux flux de trésorerie générés par nos centrales dans le monde.
Notre ambition est en effet d’accélérer notre croissance. Nous voulons passer de 1 gigawatt de projets gagnés chaque année en 2019 et 2020 à un rythme de 2 gigawatts par an à compter de 2025. Ce rythme est trois fois supérieur à ce que nous envisagions lors de notre introduction en Bourse, en 2018. Et nous n’envisageons pas de baisse de notre rythme de croissance par la suite. Cette augmentation de capital avec droits préférentiels de souscription va donc nous permettre de financer la construction de nos nouveaux actifs.
Vos actionnaires historiques vous suivent-ils ?
Nous avons la chance d’avoir un actionnariat de qualité et désireux d’accompagner la société sur le long terme. L’opération est largement suivie par nos trois grands actionnaires, la société Impala de Jacques Veyrat, Bpifrance et le Fonds stratégique de participations, qui se sont engagés à souscrire pour environ 40% du montant de l’opération. Ils garderont après cette opération une place prépondérante dans notre actionnariat, qui va cependant permettre à notre flottant de dépasser 40%, contre 36,7% aujourd’hui.
Vous estimez à 1,2 milliard d’euros votre besoin en fonds propres d’ici à 2025. Vous devrez donc refaire appel au marché ?
L’augmentation de capital que nous lançons aujourd’hui couvre au moins la moitié de nos besoins de financement en fonds propres. Le chiffre de 1,2 milliard d’euros indiqué lors de notre Capital Markets Day la semaine dernière est une évaluation haute de nos besoins en capitaux d’ici à 2025, qui supposerait par exemple que nous restions actionnaires à 100% de tous les projets que nous développons, or notre taux de détention se situe aujourd’hui plutôt autour de 90%. Par ailleurs, nous voulons procéder, de manière sélective, à des cessions de parcs pour financer notre croissance, même si l’objectif reste de conserver l’essentiel des parcs que nous développons. Nous verrons au début 2023 où nous en sommes en termes de besoins résiduels de fonds propres.
Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, parle d’une «bulle» dans les énergies renouvelables. La flambée du prix des actifs renouvelables affecte-t-elle votre activité ?
S’il y a une bulle des énergies renouvelables, elle est alimentée par les pétroliers dont certains cherchent à tout prix à acquérir des actifs ! En réalité, la valeur des actifs renouvelables - et de nos actifs - a augmenté au cours des dernières années parce qu’elle est mieux comprise par les investisseurs. L'électricité renouvelable a atteint la ‘parité réseau’, autrement dit elle se vend au même prix voire moins cher que l'électricité classique. Cela attire bien sûr de nouveaux acteurs sur le marché, petits et grands. Nous avons la chance d'être présents sur toute la chaîne de valeur, depuis le développement des projets jusqu'à l’exploitation des parcs et centrales, et d’avoir développé des savoir-faire spécifiques notamment dans le stockage d'électricité et de l’energy management. Nous avons encore beaucoup de réserves de croissance sur nos marchés.
Les plans de relance verts annoncés en Europe et aux Etats-Unis vous ouvrent-ils de nouvelles perspectives ?
Notre croissance ne dépend pas de la réalisation des plans de relance verts. Nous pensons que, de toute façon, les appels d’offres gouvernementaux vont se poursuivre au cours des prochaines années au moins sur le même rythme qu’avant le Covid-19 et nous continuerons à saisir ces opportunités dans nos pays. Par ailleurs, notre croissance est soutenue par la vente d'électricité aux grands acteurs industriels tels que Google, Heineken, Philips, et bien sûr aux énergéticiens. Ce marché connaît une forte accélération aujourd’hui et nous sommes capables de répondre à l’ensemble des besoins de nos clients.
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