UBS, EssilorLuxoticca… Investisseur actif vaut mieux qu’activiste
Coup sur coup cette semaine, deux affaires très différentes laissent penser que le moment est venu d’une mobilisation directe et publique des gérants d’actifs, pour peser pour le mieux sur la gouvernance des plus grands groupes. C’est nouveau et c’est tant mieux.
Jeudi, 42% des actionnaires d’UBS ont refusé de donner le quitus de gestion aux dirigeants du groupe, estimant qu’ils avaient mal défendu les intérêts de la société dans le litige l’opposant à l’administration fiscale française.
On sait qu’en première instance, la banque suisse a écopé d’une amende de 4,5 milliards d’euros, un record pour la France.
C’est peu dire que cette révolte, impulsée par le conseil en relations actionnariales Institutional Shareholder Services, a secoué une direction toujours très sûre d’elle-même.
D’autant que, comme chez Credit Suisse, une claire semonce lui a été adressée aussi en matière de rémunération. Quoique minoritaire, le vote va conduire le conseil « à revoir la politique en la matière et à l’amender si nécessaire ».
C’est aussi une révolte actionnariale qui se dessine chez EssilorLuxottica, où la crise de gouvernance atteint des proportions exceptionnelles alors que la fusion des deux groupes est effective.
Cette fois, de grandes gestions, comme Fidelity, Schroders ou Edmond de Rothschild AM, mais aussi des institutionnels comme Legal & General, ont emboîté le pas aux « proxys », mobilisés en rangs serrés, et aux fonds activistes habitués à ce genre de combat.
Tous demandent la nomination d’administrateurs indépendants. Ils auront affaire à forte partie puisque Leonardo Del Vecchio détient 30% du capital à lui seul.
Mais chacun devra abattre ses cartes et justifier un refus, au risque de se voir renvoyé à la piètre performance du cours, qui lèse tous les actionnaires et non le seul Del Vecchio.
Le phénomène est bienvenu, car il montre la prise de conscience des gérants et investisseurs que leurs obligations fiduciaires leur imposent d’agir au premier chef pour défendre la valeur de leurs investissements.
Si les activistes ont pris tant de poids en matière de gouvernance, c’est aussi parce que la sphère de l’investissement institutionnel a pris trop de distance par rapport aux conseils et aux managements.
Un rééquilibrage s’imposait. Il est permis d’espérer qu’il a commencé.
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