Shell confirme l’engouement des pétroliers pour le biogaz
Pour verdir leurs activités, les grands pétroliers ne comptent pas que sur l’électricité renouvelable et sur l’hydrogène. Ils misent aussi sur une autre source d’énergie, le biogaz, sans doute moins glamour mais pas dénuée d’intérêt. Obtenu grâce à la décomposition des déchets organiques agricoles, ménagers ou industriels, ce biométhane entre dans la catégorie des énergies vertes et répond à la volonté de nombreux pays, notamment européens, de réduire leur dépendance aux importations d’hydrocarbures. Il a enfin l’avantage décisif d’être directement injectable dans le réseau classique de gaz naturel, sans nécessiter le développement d’infrastructures dédiées.
Ces atouts n’ont pas échappé aux groupes pétroliers qui ne cachent pas leurs ambitions dans le domaine. En quelques semaines, deux géants de l’industrie ont cassé leur tirelire pour mettre la main sur deux spécialistes du biogaz. Mi-octobre, le britannique BP a annoncé le rachat de l’américain Archaea Energy pour 4,1 milliards de dollars (presqu’autant d’euros) dette comprise et, le 28 novembre, le géant anglo-néerlandais Shell lui a emboîté le pas en dévoilant l’acquisition du danois Nature Energy pour 2 milliards de dollars. Ces deux opérations sont réalisées à des niveaux de valorisation élevés, illustrant les perspectives attrayantes du secteur. BP paye près de 30 fois l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) actuel d’Archaea Energy mais «seulement» quatre fois l’Ebitda attendu en 2027. Shell a dévoilé peu de chiffres concernant les performances de Nature Energy mais le groupe affiche une production de gaz naturel renouvelable correspondant à 3.000 barils équivalent pétrole (bep) par jour, à comparer à une exploitation quotidienne de 1,9 million de bep pour le pétrolier valorisé environ 200 milliards d’euros en Bourse. Shell n’en attend pas moins un retour sur capitaux investis supérieur à 10% et il anticipe une hausse de la production de Nature Energy de 47% d’ici 2030.
Les Français sont présents
Le français TotalEnergies n’est pas en reste dans le domaine. En 2018, le pétrolier avait pris une participation au sein de l’américain Clean Energy Fuels Corp, dont il détient aujourd’hui 19%, avec qui il a monté une coentreprise en vue de développer des projets de production de biométhane. Début 2021, le groupe a aussi racheté Fonroche Biogaz et ses 500 gigawatt/heure de capacités installées et, en février dernier il s’est allié à Veolia en vue de valoriser le biométhane issu des installations de traitement des déchets du géant de l’environnement. La société dirigée par Patrick Pouyanné vise 2 terawatt/heure (TWh) de production de biogaz en 2025, soit environ 3.000 bep par jour, et 5 TWh en 2030.
Preuve de l’attrait du secteur pour les investisseurs, Waga Energy avait pu lever plus de 120 millions d’euros lors de son entrée en Bourse fin 2021 et sa capitalisation boursière dépasse désormais 600 millions d’euros après une hausse de l’action de près de 27% sur son prix d’introduction. Le groupe issu d’Air Liquide a développé une technologie, la «Wagabox», pour récupérer le gaz produit par les décharges et il vise 4 TWh de capacités installées en 2026. A l’occasion d’une conférence de presse organisée par le fonds Mirova en octobre dernier, le PDG de Waga Energy, Mathieu Lefebvre, avait estimé que les ambitions du plan européen RePowerEU pour le biogaz supposaient «probablement plus de 100 milliards d’euros d’investissement d’ici à 2030».
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