Reddit boucle la boucle des «meme stocks»
L'éditorial d’Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction.
Il n’est de richesse que de «Redditers». La plateforme américaine Reddit, mélange de café du commerce et de blog, est bien décidée à extraire toute la sève de ses 73 millions d’utilisateurs quotidiens. Non content d’y puiser une audience et des contenus gratuits qu’il convertit en recettes publicitaires, le groupe veut y trouver une base d’investisseurs fidèles. Il a réservé à ses contributeurs 8% du placement de sa pourtant peu appétissante introduction en Bourse.
A dix-neuf ans, et jamais bénéficiaire, le réseau social espère lever jusqu’à 550 millions de dollars sur le New York Stock Exchange le 20 mars. L’opération pourrait le valoriser jusqu’à 6,5 milliards de dollars. C’est moins que la barre des 10 milliards atteinte lors d’un précédent tour de table mené par le gestionnaire Fidelity, mais plutôt généreux pour une entreprise qui perd bon an mal an entre 10% et 15% de son chiffre d’affaires et brûle son cash dans les mêmes proportions.
Mieux vaut pour les investisseurs avoir le cœur bien accroché, et pas seulement à cause des publications sans filtre de Reddit. Sur les 22 millions de titres proposés à la vente, 30% proviennent des actionnaires actuels, qui en profitent ainsi pour monétiser leur participation. Ces derniers toiseront les nouveaux venus au capital grâce à leurs actions à droits de vote multiples, monnaie courante outre-Atlantique pour laisser le pouvoir entre les mains des fondateurs. Quant au solde des fonds levés, près de 200 millions iront régler la facture fiscale des stock-options des managers. Tout cela, avant les questions légitimes que pose l’irruption de l’intelligence artificielle générative pour l’avenir du modèle 100% publicitaire de la plateforme.
Il y aurait presque matière, pour les membres de Reddit, à hisser le pavillon noir et partir à l’abordage des nantis de Wall Street, comme ils l’avaient fait il y a trois ans en se fédérant sur les forums contre les vendeurs à découvert de l’action GameStop. Le groupe craint d’ailleurs de devenir à son tour un «meme stock» aux yeux de cette population si particulière de boursicoteurs, au point de le mentionner dans les facteurs de risque de sa documentation juridique. La boucle est bouclée.
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