La future cotation de Shein met à l'épreuve les professions de foi ESG
Quel test magnifique en vue pour tous ceux qui se flattent, à la COP 28 et ailleurs, d’œuvrer à un monde plus durable ! Shein, le géant chinois de la mode éphémère en ligne, a discrètement entrepris les démarches nécessaires pour se coter aux Etats-Unis l’an prochain. L’opération s’annonce comme l’une des plus grandes de l’histoire par la taille. Le groupe espère se valoriser 90 milliards de dollars, contre 66 milliards à l’occasion de sa dernière levée de fonds, au mois de mai.
De quoi promettre de juteuses commissions aux banques chargées du placement, d’autant que le marché des introductions en Bourse n’est pas à la fête. Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley auraient déjà été chargées de diriger la transaction.
Les tee-shirts à 5 euros et les jeans à 9 euros convaincront-ils Wall Street de leurs vertus, après avoir conquis les fanatiques de l’ultra-fast fashion ? S’il est une entreprise qui ne coche aucun des critères de l’investissement ESG, c’est bien Shein. L’environnement ? La pollution engendrée par la surconsommation textile n’est plus à démontrer. Le social ? L’app est accusée de vendre des vêtements en coton du Xinjiang et donc de profiter du travail forcé des Ouïghours. La gouvernance ? Même si Shein a déplacé son siège de Nankin vers Singapour, les récents exemples d’entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis et les interférences du pouvoir politique incitent à la plus élémentaire prudence. L’avenir dira si les investisseurs responsables, à la différence des consommateurs, se montreront à la hauteur de leurs professions de foi.
A lire aussi : H&M suscite la controverse avec sa dette durable
Cet éditorial est extrait du Cercle des Initiés, nouvelle rubrique hebdomadaire de L’Agefi publiée tous les vendredis dans l’Opinion.
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