Numericable repousse les limites du marché high yield

En ajoutant l’émission de la maison mère Altice, les investisseurs ont absorbé hier un record de 12 milliards d’euros de dette spéculative
Yves-Marc Le Réour
Numericable
Après avoir récolté hier 7,9 milliards d’euros, Numericable a vu son action terminer la séance sur un gain de 8,5%.  - 

Numericable a finalement récolté hier 7,9 milliards d’euros pour financer une partie du rachat de SFR via une levée obligataire multitranche et multidevise, soit un peu moins que les 8,4 milliards prévus. Dans le détail, l’opérateur a émis 4 milliards de dollars à 8 ans à 6%, 2,4 milliards de dollars à 5 ans à 4,875% et 1,375 milliards de dollars à 10 ans à 6,25%. A cela s’ajoutent 1,25 milliard d’euros à 10 ans au taux de 5,625% et 1 milliard d’euros à 8 ans à 5,375%.

Altice a de son côté émis 2,9 milliards de dollars avec un coupon de 7,75% et 2,075 milliards d’euros à 7,25%, les deux tranches ayant une maturité de 8 ans. L’ensemble Numericable-Altice est donc parvenu à faire aisément absorber par les investisseurs un montant record de 12 milliards d’euros de dette spéculative, la demande globale ayant été 6 fois plus importante que l’offre. L’action Numericable a terminé la séance sur un gain de 8,5%, tandis qu’Altice a pris 5,8%.

Ce succès témoigne de l’appétit soutenu des investisseurs pour la dette à haut rendement en Europe, un marché dont la taille a quintuplé sur les cinq dernières années pour atteindre «près de 300 milliards d’euros», soulignent les analystes crédit de RBS. Environ un tiers de cette progression émane de rétrogradations et le reste provient de nouvelles émissions, qui reflètent la volonté grandissante des entreprises de diversifier leurs sources de financement pour échapper aux contraintes bancaires.

Depuis le début de cette année, le segment high yield en Europe a enregistré 56 milliards d’euros d’émissions nouvelles, contre 34 milliards l’an dernier à la même époque. Le marché s’est même ouvert aux sociétés de taille moyenne des pays dits «périphériques» de la région, comme en témoignent le fournisseur d’informations financières italien Cerved ou l'équipementier automobile espagnol Gestamp.

Les analystes de RBS tablent sur «une poursuite du resserrement des spreads de la dette européenne high yield d’ici à fin 2014, accompagnée d’un taux de défaillances toujours bas à environ 1%». Ils relèvent que les spreads en Europe sont désormais inférieurs à ceux des Etats-Unis pour des entreprises notées de façon similaire, non seulement dans la catégorie spéculative mais aussi pour la catégorie «investissement». Etant donné le décalage des cycles de crédit des deux côtés de l’Atlantique, cette tendance a selon eux toutes les chances de perdurer durant les prochains mois.

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