«L’IFA prône l’élaboration d’un modèle européen de gouvernance dans un code de Place»
L’Agefi : Comment évoluera l’IFA, dont vous avez été élu président le 29 mai dernier ?
Denis Terrien : L’IFA, «maison des administrateurs», a pour première mission d’accroître la compétitivité des entreprises françaises et européennes. Si le gouvernement l’a améliorée par une série de mesures comme le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et le dialogue social, la compétitivité des entreprises françaises passe aussi par l’amélioration de la gouvernance. Nous devons travailler pour aboutir à une gouvernance européenne optimale qui serait loin de la gouvernance américaine actuelle fondée sur l’individualisme, la conformité et la toute-puissance de l’actionnaire, ou de la gouvernance asiatique basée sur l’étatisme, l’obéissance à la personne plus qu’aux règles, et sur une forme de communautarisme.
Comment bâtir cette gouvernance européenne ?
Cette gouvernance européenne pourrait se construire sur trois piliers. D’une part, une éthique forte, issue de la culture du personnalisme développé par le philosophe Emmanuel Mounier, en mettant le respect de la personne au centre. D’autre part, une meilleure prise en compte de toutes les parties prenantes (stakeholders) – internes (employés et actionnaires) et externes (clients, fournisseurs, banques, ONG…) – et non pas des seuls actionnaires. Une démarche largement portée par la loi Pacte. Déjà au sein d’Entreprise et Progrès [que Denis Terrien a présidé de 2011 à 2019, ndlr], je militais pour une plus forte représentation des salariésau conseil. Nous avons besoin d’administrateurs qui connaissent l’entreprise de l’intérieur. Enfin, cette gouvernance doit s’appuyer sur une discussion ouverte entre les parties prenantes et non sur la recherche d’une simple conformité. Cela exige des administrateurs, responsabilité, humanité et courage.
Si l’on croit dans ce modèle européen de gouvernance, il faut l’élaborer, le structurer dans un code de Place, et le défendre. Nous avons besoin de principes cohérents pour toutes les entreprises, grandes et petites. Il en va de la compétitivité des entreprises françaises et européennes.
Dans ce contexte, comment se positionne l’IFA ?
Comme «maison des administrateurs», l’IFA s’adresse à tous les types de sociétés (grandes entreprises, ETI, PME, start-up, scop, fondations, associations, mutuelles...). Pour déployer tous nos projets, nous nous donnons pour mission de nous ouvrir à tous les types de gouvernance, de partager et de former. Nous avons déjà des programmes de formation, notamment avec Sciences-Po et Audencia, et annonçons aujourd’hui un partenariat avec HEC pour une formation certifiante sur la gouvernance des ETI familiales. Nous sommes naturellement ouverts à d’autres accords avec d’autres écoles. Et dans une vision européenne, nous voulons rayonner hors de France et accentuer notre présence à l’international.
Quels vont être vos principaux axes de travail ?
Nous allons poursuivre les travaux des différents comités et commissions. Mais notre responsabilité est aussi de réfléchir aux nouveaux changements sociaux, économiques, technologiques et climatiques. Nous menons notamment une série de réflexions sur les start-up, sur les fondations et sur les entreprises familiales. Nous allons lancer deux nouveaux clubs, l’un sur gouvernance et climat, l’autre sur gouvernance et cybersécurité. Tous les trois à cinq ans, de nouveaux thèmes émergent en matière de gouvernance. Il faut savoir les saisir à temps.
La gouvernance de l’IFA va-t-elle évoluer ?
L’une de mes premières décisions a été de créer la fonction de vice-président. Le conseil a élu Guylaine Dyèvre à ce poste. Chacun des quarorze membres du conseil devra s’engager sur un sujet de gouvernance, par exemple en présidant un club. De plus, tous nos clubs seront désormais coprésidés, afin de leur donner une plus grande dynamique.
Nous voulons aussi ouvrir l’IFA aux régions. Un premier pas a été fait avec l’entrée au conseil de l’IFA de deux administrateurs issus de province : Frédéric Motte (Lille) et Bruno Hug de Larauze (Nantes). Ce n’est qu’un début.
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