Les prévisions de résultats en Europe oscillent entre prudence et optimisme
Alors que la grande majorité des sociétés européennes cotées en Bourse publieront leurs résultats trimestriels avant fin février, les analystes ont fortement abaissé leurs prévisions à court terme, tout en anticipant un rebond significatif des bénéfices par action (BPA) pour l’exercice 2020. «Sur la base de notre méthode de calcul ascendante (‘bottom-up’), établie à partir des caractéristiques fondamentales des valeurs étudiées, les bénéfices par action devraient afficher en Europe une croissance quasiment nulle en rythme annuel au quatrième trimestre 2019», relèvent les stratégistes de Barclays, ajoutant que ces bénéfices devraient même reculer de 5% hors secteur financier.
Le niveau encore faible de l’euro et de la livre sterling par rapport au dollar a sans doute eu un effet favorable sur les bénéfices des exportateurs européens. Mais l’analyse des indices des directeurs d’achat (PMI) sur le trimestre écoulé fait ressortir un repli de l’activité manufacturière dans l’ensemble de la région, les services ayant de leur côté bien résisté. Si la dynamique des résultats laisse à désirer, la très bonne performance des marchés boursiers l’an dernier «suggère que les investisseurs se concentreront davantage sur les commentaires des entreprises afférents à leurs perspectives 2020 que sur les résultats du trimestre écoulé», juge la banque britannique.
A première vue, la revalorisation des multiples de PER (ratio cours sur bénéfices), désormais proches de leur pic de 2018, semble déjà intégrer un rebond des résultats. Mais «depuis fin 2017, la progression cumulée des marchés a été similaire à celle des bénéfices, soit environ +7% en Europe, en tenant compte du ‘derating’ boursier important enregistré en 2018», soulignent les stratégistes de la banque. Le consensus établi par Factset pour les sociétés de l’indice Stoxx Europe 600 table à l’heure actuelle sur une progression moyenne de 7,8% des BPA pour l’exercice 2020 et de 8,7% pour le suivant, après une légère hausse de 3% estimée pour 2019. En parallèle, le chiffre d’affaires des sociétés appartenant à cet indice est attendu en hausse de 2,8% cette année puis de 3,4% l’an prochain, ce qui refléterait une amélioration de leur rentabilité nette.
Durant les trois derniers mois, les prévisions de bénéfices de Factset ont été abaissées de 1,7% pour l’année en cours et de 0,67% pour le prochain exercice. Les analystes de Barclays relèvent que ce mouvement de révisions à la baisse s’est infléchi depuis quelques semaines et ils recommandent d’investir de manière sélective dansles secteurs cycliques qui ont été les plus pénalisés en 2019. «Ces secteurs, comme les mines, l’énergie, les banques ou l’automobile, tireront parti d’effets de base favorables en 2020 en cas de reprise de l’activité», expliquent-ils. Ils précisent cependant que «le coût du travail augmente davantage que le prix moyen des biens et services produits dans la région, ce qui contribuera vraisemblablement à maintenir les marges sous pression».
Pour les stratégistes de JPMorgan Cazenove, les inquiétudes liées à des prévisions trop optimistes de rebond des résultats pour 2020 sont exagérées. Si le consensus IBES table sur une croissance bénéficiaire de 9,9% dans la zone euro et de 6,9% au Royaume-Uni, la banque explique que «ce phénomène est loin d’être inhabituelen début d’année». Elle juge également que le redressement potentiel du prix des matières premières et les signes de stabilisation des tensions commerciales auront un impact positif sur le chiffre d’affaires des entreprises concernées. En dehors des matières premières, elle estime que les résultats des semi-conducteurs et du luxe pourraient également dépasser les attentes cette année.
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