Les investisseurs se montrent plus frileux sur le marché du crédit
Voilà longtemps que le marché du crédit n’avait pas connu semaine aussi agitée. Deux émetteurs espagnols, Banco Popular et ACS, ont dû remiser au placard leurs projets d’emprunts obligataires le 10 juin, jour où les incertitudes autour du portugais BES ont provoqué une correction générale des marchés. La banque se proposait de lever 750 millions d’euros de capital contingent (CoCos), et le gestionnaire d’infrastructures 500 millions d’euros d’obligations à 5 ans.
Difficile de dire si ces deux échecs sont simplement liés au cas BES ou s’ils marquent un changement plus profond de l’appétit des investisseurs pour le risque. «Le même jour, Fiat a réussi à lever 850 millions d’euros à 8 ans à 4,75%, relativise un banquier. Le groupe n’a pas pu resserrer son prix, mais cela reste un emprunt de belle taille pour un émetteur noté en catégorie spéculative.»
Les investisseurs exercent aussi leur esprit critique indépendamment des mésaventures de BES. Le 8 juillet au soir, le fournisseur de services de forage en eau profonde Seadrill a dû annuler en catastrophe une émission, dévoilée le matin même, d’obligations convertibles (OC) –instrument plutôt assimilé au marché primaire actions qu’à celui du crédit. L’action du groupe norvégien, cotée à Oslo et à New York, a en effet plongé de 5,37% à l’annonce de ce placement d’un milliard de dollars dirigé par ABG Sundal Collier, BNP Paribas et Deutsche Bank.
Il faut dire que Seadrill avait réservé une mauvaise surprise à ses actionnaires, en plus de l’émission de titres convertibles potentiellement dilutifs: il proposait en parallèle aux détenteurs de ses 650 millions de dollars d’OC 2017 existantes de convertir leurs titres à un prix équivalent à 27,68 dollars, alors que l’action cote autour de 38 dollars. Les porteurs auraient aussi eu droit à un dédommagement en cash de 10% du nominal pour cette conversion anticipée. Une offre clairement défavorable aux actionnaires.
«Le marché de l’equity-linked, très actif en début d’année, est moins porteur depuis quelques semaines, et Seadrill a mis la barre trop haut avec des termes très agressifs», observe un autre banquier. Mais Assystem a ramené de la sérénité sur ce marché dès le lendemain avec sa convertible perpétuelle.
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