Le rachat d’Autonomy tourne au scandale financier pour HP

HP déprécie de 8,8 milliards de dollars la valeur de la société payée 11 milliards il y a un an. 5 milliards viennent de «manipulations» comptables présumées
Olivier Pinaud
HP : le rachat d'Autonomy vire au scandale financier. Photo: PHB/agefi
HP : le rachat d'Autonomy vire au scandale financier. Photo: PHB/agefi  - 

Jugé exorbitant au moment de son annonce mi-2011, le rachat d’Autonomy vire au scandale pour HP. En plus d’avoir payé l’éditeur britannique de logiciels 11 milliards de dollars, le groupe d’informatique a passé dans ses comptes une charge de dépréciation de 8,8 milliards de dollars, dont 5 milliards en raison «d’indélicatesses, d’erreurs et de déformations sur les performances financières futures attendues» d’Autonomy. De quoi entraîner une perte nette de 6,9 milliards au quatrième trimestre.

HP a transmis le dossier à la SEC et à la FSA et assure vouloir intenter les procédures judiciaires nécessaires pour récupérer «ce qu’[il] pourra pour [ses] actionnaires». Selon les premiers éléments, Autonomy aurait gonflé artificiellement son chiffre d’affaires et maquillé des contrats de vente de matériels en prestations de services à plus fortes marges. La rumeur de «manipulations» comptables avait circulé quelques semaines avant que HP n’annonce son intérêt pour Autonomy.

Mike Lynch, l’ancien dirigeant d’Autonomy, qui a quitté HP en mai, se dit «surpris» et «choqué» par ces accusations «totalement fausses». Selon lui, HP cherche à cacher la publication de ses résultats, «les pire des 70 ans d’’histoire du groupe». Il rappelle que le rachat d’Autonomy a mobilisé plus de 300 personnes pour réaliser les différents audits, menés par Deloitte et KPMG, sans soulever de remarques particulières. HP avait été conseillé pour l’opération par Barclays et Perella Weinberg, et par quatre cabinets d’avocats.

Mis en cause par l’actuelle directrice générale de HP, Meg Withman, Leo Apotheker, qui dirigeait l’acquéreur au moment du rachat contesté d’Autonomy, est «abasourdi» par cette annonce et assure qu’il collaborera pleinement avec les autorités pour démontrer que les travaux de «due diligence» ont été correctement réalisés. Le dirigeant d’origine allemande avait démissionné de la direction générale de HP en septembre 2011, quelques semaines seulement après l’annonce du rachat d’Autonomy. Il était à la tête de la société depuis moins d’un an.

Cette affaire fragilise un peu plus HP dont la capitalisation boursière a encore fondu de 12% hier après une chute de plus de 60% en deux ans en raison d’une stratégie fluctuante. Le groupe avait déjà dû passer 8 milliards de dollars de dépréciations d’actifs cet été liées à l’acquisition du groupe de services EDS fin 2008. En un an, les fonds propres du groupe ont fondu de 16 milliards pour tomber à 22 milliards de dollars.

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