Le français Pigment lève 145 millions de dollars

Les performances commerciales de la start-up, qui développe un logiciel Saas de planification financière pour les grandes entreprises, ont convaincu ses actionnaires de remettre au pot moins d’un an après le dernier tour de table.
Directeur de la rédaction
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Eleonore Crespo et Romain Niccoli, co-fondateurs de Pigment  -  Pigment

Ne qualifiez pas Pigment de licorne, le label insupporte ses dirigeants. La start-up française, qui développe un logiciel de planification financière pour les entreprises, n’en aligne pas moins les levées de fonds qui la placent sans doute dans le club des sociétés dépassant le milliard de valorisation. Elle annonce ce jeudi un tour de table de 145 millions de dollars. Cette série D permet de faire entrer le fonds de capital risque de Sheryl Sandberg (ex-Meta) au capital, mais a surtout vu les investisseurs existants, Iconiq Growth en tête suivi d’IVP, Meritech et Felix Capital, remettre au pot.

Ce nouveau tour de table porte à 393 millions de dollars les capitaux levés depuis qu’Eleonore Crespo et Romain Niccoli (à l’origine de Criteo) ont co-fondé la société en 2019. La précédente levée de fonds, une série C de 88 millions de dollars qui avait fait entrer Iconiq Growth au tour de table, datait seulement de juin 2023 et n’avait d’ailleurs pas été dépensée.

Les actionnaires actuels ont en fait préempté une série D qui aurait dû intervenir plutôt en 2025. « Beaucoup d’investisseurs américains, qui comparent les performances des entreprises de logiciels Saas, nous ont témoigné des marques d’intérêt en voyant nos résultats commerciaux. Nos actionnaires nous alors proposé de couvrir dès maintenant nos besoins futurs, à d’excellentes conditions », souligne Eleonore Crespo, qui était l’invitée d’honneur du dîner organisé le 2 avril à Paris par L’Agefi en clôture du Private Equity France. L’opération s’est faite très vite, avec un délai de cinq jours entre la signature du term sheet et le closing.

Plus de 50% des revenus aux Etats-Unis

Pigment agrège toutes les données d’une entreprise pour permettre aux directions financières, mais aussi commerciales, RH ou logistiques, d’effectuer des simulations en temps réel et de prendre des décisions. Présentée au grand public comme le fossoyeur du tableur Excel et de la «Google sheet», la plateforme s’est enrichie, en 2023, d’une surcouche d’intelligence artificielle générative. «L’idée de la GenAI est de démocratiser l’accès à la donnée chiffrée et à l’outil Pigment au sein de l’entreprise, au-delà des équipes financières, et d’apporter une aide à la décision», expliquait le 2 avril Eleonore Crespo. Avec, à terme, la perspective de titiller les SAP, Oracle et autres Salesforce...

La start-up s’adresse aux entreprises de plus de 1.000 salariés et revendique 400 clients en portefeuille. Elle a conquis l’an dernier des comptes prestigieux comme Unilever et Merck. Elle ne communique pas son chiffre d’affaires, mais dit l’avoir triplé en un an dans le monde et quadruplé aux Etats-Unis, ce qui la place «dans le top 5% des entreprises de logiciels Saas par la croissance», selon Eleonore Crespo. Les Etats-Unis représentent plus de la moitié des revenus, «avec un fort taux de pénétration du Fortune 500», suivis de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne.

L’effectif, de 400 collaborateurs dont un tiers aux Etats-Unis, devrait augmenter de 50% cette année. «Nous allons doubler la taille de l’équipe d’ingénieurs, qui compte une centaine de personnes aujourd’hui», précise la dirigeante. Des équipes qui font évoluer sans cesse le produit mais se consacrent aussi aux questions de cybersécurité, centrales pour la réputation de l’entreprise.

Discrète sur ses comptes, la jeune pousse l’est tout autant sur sa valorisation, dont elle n’a jamais fait un axe de communication. «Le concept de licorne est ridicule, déclarait Eleonore Crespo le 2 avril devant le parterre d’investisseurs et de dirigeants financiers réunis par L’Agefi. Une valorisation de start-up ne veut rien dire, c’est la résultante d’un besoin de financement et de la dilution que les actionnaires existants sont prêts à accepter. En interne, on ne partage même pas la valorisation avec nos employés. Ce qui compte, c’est la trajectoire, la croissance du revenu et la satisfaction client. » Un message bien compris, semble-t-il, par les actionnaires.

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