Le coût de l’énergie met à mal la compétitivité de la chimie européenne
L’évolution divergente des prix du gaz des deux côtés de l’Atlantique handicape fortement la compétitivité de l’industrie chimique européenne. Avec l’essor des gaz de schiste, le cours du gaz naturel est en effet tombé à 3 dollars/Mbtu aux Etats-Unis, ce qui le rend 4 fois moins cher que sur le Vieux Continent. Cet écart est d’autant plus significatif que la chimie, en tant qu’industrie transformatrice, utilise le gaz à la fois comme source énergétique et comme matière première. L’avantage concurrentiel des entreprises chimiques américaines s’est déjà traduit par des dizaines de milliards de dollars d’investissements nouveaux dans ce secteur aux Etats-Unis.
Interrogé par L’Agefi, Philippe Prudhon, directeur des affaires techniques de l’Union des Industries chimiques (UIC), relève que «le coût de l’énergie représente entre 30% et 80% de la valeur ajoutée d’un produit dans la pétrochimie ou les engrais.» En Europe, où la conjoncture est peu porteuse, les produits chimiques de base sont particulièrement sensibles au niveau des prix de l’énergie. C’est ce qui a conduit Solvay à annoncer l’ajustement de ses capacités de production en Europe du Sud dans le carbonate de soude d’ici à l’été prochain, un segment de marché où il est pourtant leader mondial.
Pour fabriquer cette substance utilisée dans la production de verre et de détergents, le chimiste belge utilise un procédé de synthèse dans lequel les coûts énergétiques représentent plus d’un tiers du coût de production. Il est désormais concurrencé par une société turque appartenant au conglomérat Ciner, qui dispose d’un immense gisement d’un minéral contenant naturellement du carbonate de sodium. Cette matière est ensuite transformée en carbonate de soude avec un coût de revient bien inférieur à celui de Solvay. Celui-ci va en revanche accroître de 12% sa capacité de production de carbonate de soude aux Etats-Unis, afin d’accompagner la croissance des marchés nord et sud-américains.
A cela s’ajoute au sein même de l’Europe des écarts importants dans le coût de l’électricité. «Si le prix de base de l’électricité est plus cher en Allemagne qu’en France, les pouvoirs publics ont mis en place outre-Rhin une politique ambitieuse de soutien aux industries électro-intensives», souligne Philippe Prudhon. Il en résulte un coût global de l’électricité comparativement bien plus avantageux pour une usine chimique située en Allemagne.
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