Le coût de la dette obligataire corporate est appelé à se renchérir
La crise a fait voler en éclats l’«ordre naturel du crédit». Les émetteurs corporates européens de qualité ont en effet pu bénéficier cette année de spreads moins élevés dans le cadre de leurs émissions obligataires du fait de la vive défiance des investisseurs vis-à-vis tant d’émetteurs souverains mettant la rigueur budgétaire entre parenthèses que d’un secteur bancaire soutenu par les aides publiques. Mais cette remise en cause de la «hiérarchie du crédit» n’est que temporaire, selon une étude de Moody’s.
L’ensemble des émetteurs devraient ainsi subir à court terme un renchérissement du coût de la dette, du fait avant tout d’un besoin grandissant de financement. En 2010, les entreprises européennes ont l'équivalent de 283 milliards de dollars de dette (bancaire, obligataire et papier commercial) à refinancer. Pour Elena Nadtotchi, co-auteur du rapport, les entreprises se voient contraintes de substituer la baisse des crédits bancaires en faisant appel directement aux marchés de capitaux. Elle souligne que cette réorientation trouve également sa source dans la renaissance attendue du marché des fusions-acquisitions au second semestre ou dans la volonté des trésoriers de «préfinancer» des obligations arrivant à échéance après 2010 pour tirer parti d’un environnement de taux plus favorable.
Moody’s n’a pourtant aucun doute sur la capacité des émetteurs de qualité à placer leurs émissions, notamment ceux disposant d’une base diversifiée de revenus ou ayant récemment fait preuve d’une gestion prudente de leur bilan.
L’agence attend également la poursuite de la croissance des émissions de la part des banques et des états, qui feront donc concurrence aux émetteurs corporates. Les besoins de refinancement bancaires au Royaume-Uni et en zone euro sont estimés à 1.000 milliards en 2011.
Dans ce contexte, l’agence s’attend toutefois à voir la majorité des émetteurs souverains regagner progressivement dès cette année leur avantage comparatif en termes de coût de la dette, ce dernier restant plus élevé qu’avant la crise. Cela grâce à un retour de la croissance économique qui leur permettra d’améliorer leur situation fiscale et, de fait, la perception du risque souverain de la part des investisseurs. Le retour à une hériarchie normale du coût du crédit pénaliserait donc les entreprises.
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