Le contexte demeure porteur pour les opérations boursières
Le marché boursier joue-t-il toujours son rôle ? La question mérite d’être posée à la lecture de l’Observatoire 2020 des offres publiques sur les actions de sociétés cotées en France, réalisé par EY Corporate Finance . «2019 a été une année complexe pour les IPO et les augmentations de capital, avec le retour de la volatilité et des indices boursiers au sommet. Ce n’est pas pour autant une mauvaise année, mais qui reste loin des années fastes du début du siècle avec plus d’une cinquantaine d’offres publiques», explique Sonia Bonnet-Bernard, associée EY et co-auteure de l’étude.
Si 30 offres publiques ont été initiées l’an dernier, contre22 en 2018, les capitaux acquis – véritable indicateur du dynamisme des offres publiques – sont tombés à un point bas passant sous le seuil du milliard d’euros à 925 millions, contre 2,6 milliards en 2018 et 5,4 milliards pour la médiane cinq ans. Il faut remonter à 2009 pour trouver un plancher à 491 millions d’euros. «Aucune conclusion hâtive ne peut être tirée de ce faible montant, qui ne comprend pas les deux principales opérations de l’année – l’offre publique de rachat d’actions par Iliad, et l’OPA de Capgemini sur Altran– toujours en cours», précise Sonia Bonnet-Bernard. L’offre de rachat de Terreis a représenté à elle seule 42% des capitaux acquis, devant l’OPA de Searchlight Capital sur Latécoère(16%) et l’offre publique d’achat simplifiée d’Andromeda Investissement sur April (13%). La valorisation globale des cibles des offres atteint 16 milliards d’euros, soit 28% de plus que les 12,5 milliards de 2018, mais deux opérations (rachat d’actions par Iliad, et OPA de Capgemini sur Altran) représentent les deux tiers de ce montant.
Les technologiques aiguisent les appétits
Le millésime 2019 est placé sous le signe du secteur technologique, qui représentait 37% des cibles (contre 18% en 2018). «Dans un contexte de cherté des marchés actions en raison des taux faibles, le facteur discriminant pour rendre une opération attrayante est le dynamisme du sous-jacent, confie Damien Anzel, associé EY. Or, les sociétés technologiques et informatiques offrent un fort potentiel de croissance.» Les opérations ont été initiées essentiellement par des sociétés industrielles (à 77%), la part des acteurs financiers dans les initiateurs s’étant réduite de 32% à 23% en un an. Des opérations qui restent franco-françaises, avec 83% d’initiateurs français. Une nouvelle fois, toutes les offres ont été amicales, 57% initiées par la société ou par l’actionnaire de référence à la suite d’un changement de contrôle, et 43% par un tiers. Un ratio similaire à celui de 2018.
Les primes d’acquisition médianes progressent. Elles étaient de 23,5% sur le dernier cours (+21,1% en 2018), de 9,6% sur le cours un an (+20% en 2018), de 21,6% sur la valeur intrinsèque calculée par les banques conseils des acheteurs (+16% en 2018), et de 16,9% sur la valeur calculée par l’expert indépendant de la cible (+9,1% en 2018). «Le relèvement des primes sur le cours de bourse – sauf sur le cours un an en raison de l’évolution défavorable des cours sur certaines cibles – n’a rien d’exceptionnel. Les primes sur le cours de bourse se maintiennent dans un couloir classique de 20% à 25%, poursuit Sonia Bonnet-Bernard. En revanche, les primes sur la valeur intrinsèque augmentent dans des proportions importantes et l’écart se resserre entre la valorisation de l’initiateur et celle de l’expert indépendant. Ce qui peut être vu comme un signe de meilleur dialogue entre minoritaires et société dans le contexte actuel de montée de l’activisme.»
Par ailleurs, le montant des augmentations de capital est resté stable l’an dernier à près de 2,5 milliards d’euros, mais seulement 24 sociétés y ont eu recours contre le double (51) en 2018. Si les levées en actions restent faibles, les levées obligataires ont atteint des records en 2019.
La Place parisienne perd douze sociétés
En outre, les entrées en Bourse ont été divisées par deux l’an dernier, avec seulement huit opérations (trois sur Euronext et cinq sur Euronext Growth), contre dix-sept en 2018. Compte tenu des vingt retraits de cote (treize à la suite d’une offre publique, et sept après une faillite), la Bourse parisienne a perdu douze sociétés. «Une IPO réussie nécessite de créer le momentum, exercice difficile dans un marché bien valorisé avec une forte volatilité, explique Damien Anzel. Sans compter les contraintes assez lourdes imposées par la Bourse, qui laissent la porte ouverte au private equity.»
En attendant, «le contexte reste porteur pour les opérations boursières, avec toujours beaucoup de cash sur le marché, ajoute Sonia Bonnet-Bernard. Le prochain baromètre compte déjà six opérations, annoncées fin 2019, mais en attente du visa de l’AMF». Si les valorisations «peuvent paraitre chères et refroidir les sociétés à lancer une offre sur leurs concurrents, les groupes de capital investissement disposent non seulement d’abondantes liquidités mais peuvent aussi se projeter sur plus long terme», conclut Damien Anzel.
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