La valorisation de Saint-Gobain commence à intriguer
Annoncé fin novembre 2018, en pleine tempête des marchés, le changement de stratégie de Saint-Gobain est passé quasiment inaperçu. Le cours de Bourse n’a progressé depuis que de 5%, laissant le groupe de matériaux de construction à des niveaux de valorisation historiquement bas, encore plus, comme le font les analystes de Barclays, lorsque les chiffres sont retraités de la participation de 10% au capital de Sika. Cette part vaut 1,96 milliard de francs suisses (1,72 milliard d’euros), soit, à elle seule, un peu moins de 10% de la capitalisation de Saint-Gobain. A 6 fois l’Ebitda attendu pour 2019, la valeur d’entreprise retraitée de Saint-Gobain rappelle la «la récession de 2009», s’étonne Barclays dans une note publiée la semaine dernière.
Un étonnement partagé par Oddo BHF. «Le titre décote de plus de 40% par rapport aux comparables cotés, niveau historiquement élevé», appuient les analystes, alors que «la rotation du portefeuille d’actifs mise en œuvre pourrait cristalliser une valeur importante». Les analystes d’Oddo BHF sont «convaincus» que Saint-Gobain «dépassera l’objectif de 3 milliards d’euros de cessions de chiffre d’affaires d’ici à la fin de l’année». Selon eux, ce plan pourrait améliorer de 120 points de base la marge opérationnelle de Saint-Gobain, par rapport aux 7,5% de 2018, soit un effet trois fois supérieur aux 40 points promis par la direction du groupe et actuellement retenus par le consensus. 60 points d’amélioration supplémentaires doivent provenir d’un plan d’économies, calibré à 250 millions d’euros d’ici à 2021.
Outre la longueur du bras de fer avec Sika, finalement résolu en mai 2018, plusieurs facteurs ont exacerbé la méfiance du marché envers Saint-Gobain ces derniers mois, comme l’exposition du groupe à l’économie européenne et plus particulièrement à la France, ainsi que le coup de frein du secteur automobile, grand consommateur de vitrage. Le coût de la cyber-attaque de 2017 et les grèves au Brésil ont également joué négativement dans l’esprit des investisseurs, souligne Barclays.
Cette méfiance se retrouve dans les chiffres. Barclays souligne que le consensus attend une quasi-stagnation (+0,1%) du résultat d’exploitation (Ebit) cette année en données comparables, de loin la plus faible attente de ces derniers exercices. L’an dernier, à pareille époque, le consensus tablait sur une croissance de l’Ebit 2018 de 9,3%. Elle est ressortie au final à 4,5%. Un écart qui joue inévitablement dans la prudence des investisseurs.
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