La suspension de cotation d’Alstom est exceptionnellement longue
Du jamais vu dans l’histoire moderne du CAC 40 et des échanges électroniques. Suspendue depuis vendredi matin, d’abord à la demande de l’Autorité des marchés financiers puis de la société elle-même, la cotation de l’action Alstom ne devrait reprendre que mercredi matin. Soit trois jours de transactions totalement blancs, entrecoupés d’un week-end, représentant un total de plus de 1,5 milliard d’euros selon le volume et le prix moyens du titres au cours des douze derniers mois.
Cette amplitude de suspension est courante dans les cas d’entreprises en difficultés, pendant lesquels l’absence de cotation peut même durer plusieurs semaines. Elle est en revanche exceptionnelle pour une affaire d’acquisition. La cotation des actions Peugeot n’a ainsi jamais été suspendue pendant toute la période de négociations avec l’Etat français et Dongfeng, malgré d’incessantes fuites dans la presse. Dans le cas de SFR, l’AMF n’a pas demandé la suspension de la cotation de Vivendi mais a simplement invité les acteurs du dossier à «respecter les règles de communication financière» après plusieurs jours sans rien dire.
«Cette suspension de cotation de trois jours pour Alstom passe pour un fait du prince, une façon de gagner du temps pour trouver un chevalier blanc», râle le responsable d’une table de trading actions dont les clients ne peuvent plus traiter la valeur depuis vendredi matin. La mesure pénalise notamment les fonds d’arbitrage, dans l’incapacité de déboucler leurs positions avant la reprise des cotations mercredi matin. Les difficultés d’Alstom ces derniers mois avaient contribué à gonfler les positions vendeuses sur la valeur. Selon les données de Markit, 7,08% du capital du fabricant de turbines et de trains sont engagés dans des montages de ventes à découvert, soit 42% de plus qu’il y a seulement un mois. En novembre 2013, seuls 2% du capital d’Alstom était «shorté».
Selon le gérant d’un fonds «event driven», spécialisé dans les anticipations ou les annonces d’acquisitions, cette longue suspension de cotation n’est pas forcément mauvaise «à condition qu’elle permette de clarifier la communication des parties intéressées, extrêmement floue et maladroite la semaine dernière». Enfin, d’un point de vue technique, la suspension de cotation ne gêne pas le calcul du CAC 40. L’indice ne prend en compte que les 39 valeurs actuellement échangeables.
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