La faible valorisation de Nokia pourrait attirer des prédateurs aventureux

Si la forte décote de l’action sur sa valeur comptable peut intéresser le private equity, Microsoft tirerait parti des brevets du finlandais
Yves-Marc Le Reour
Mobile Nokia. Photo: PHB/Agefi
Mobile Nokia. Photo: PHB/Agefi  - 

Si la traversée du désert de Nokia semble loin d’être terminée, sa descente aux enfers boursière pourrait attirer des prédateurs sensibles à la valeur d’une partie de ses actifs. Depuis son sommet de 300 milliards d’euros atteint en l’an 2000, au plus haut de la bulle Internet, la capitalisation boursière du groupe finlandais a en effet fondu de plus de 97% à 7,2 milliards. La chute atteint 90% depuis le lancement en 2007 de l’iPhone par Apple, qui a largement contribué à faire passer la part de marché de Nokia de plus de 50% sur le segment des smartphones à 7,8% à la fin du premier trimestre 2012.

En ayant adopté le système d’exploitation Android développé par Google, Samsung est parvenu, au premier trimestre de cette année, à reléguer Nokia à la deuxième place des fabricants de téléphones mobiles tous segments confondus. Pénalisé par son logiciel propriétaire (Symbian) moins performant que celui d’Apple ou de Google pour les applications multimédias, le groupe finlandais a réagi en se ralliant début 2011 au Windows Phone de Microsoft, sur lequel fonctionne sa nouvelle gamme de smartphones Lumia censée lui faire regagner le terrain perdu.

Cette initiative tarde cependant à faire ses preuves, d’autant plus que le groupe «est attaqué de tous côtés sur son marché», relèvent les analystes de Kepler, en soulignant «la tarification très agressive» des chinois Huawei et ZTE qui entendent tous deux doubler leurs ventes de smartphones en 2012. Même s’il parvient à convaincre les opérateurs des avantages concurrentiels de la gamme Lumia, dont les premiers modèles ont été lancés à l’automne dernier, «sur le segment des smartphones à 100/300 dollars, en très forte croissance, la différenciation demeurera limitée», juge-t-on chez Natixis.

Les impératifs de réduction de coûts vont conduire le groupe à recentrer sa présence géographique, en privilégiant les pays (Chine, Etats-Unis, Royaume-Uni…) susceptibles de lui offrir des volumes de ventes suffisamment larges. Les marchés secondaires seront approvisionnés à travers un canal de vente indirect. Par rapport à une base de coûts de 5,4 milliards d’euros en 2010, Nokia a triplé d’ici à fin 2013 son objectif d’économies dans sa principale division «Devices & Services» (à 3 milliards contre 1 milliard auparavant).

L’un des atouts du fabricant finlandais repose sur une trésorerie nette encore confortable de 4,9 milliards d’euros à fin mars. Mais l’impact négatif de la réorganisation du groupe sur son flux de trésorerie risque de réduire rapidement ce matelas financier. «Nokia devrait consommer plus de 2 milliards d’euros de cash flow libre cette année et près de 800 millions l’an prochain, ce qui devrait réduire sa trésorerie nette à moins de 2 milliards d’ici fin 2013», estiment les analystes de Kepler.

Tablant sur une trésorerie nette «supérieure à 3 milliards durant la période de transition», Moody’s a mentionné «un niveau de pression sur les bénéfices et une consommation de trésorerie bien plus élevés que prévu» pour expliquer la dégradation de la note de crédit de Nokia en catégorie spéculative (de Baa3 à Ba1) avec perspective négative. Fitch et S&P avaient déjà placé la dette du groupe dans cette catégorie en avril dernier.

Nokia a bien annoncé des cessions d’actifs périphériques, mais cela restera insuffisant pour restaurer durablement son bilan. Dans ces conditions, sa faible valorisation suffirait-elle à attirer des acquéreurs potentiels? L’action se traite à 0,65 fois sa valeur comptable, au plus bas depuis 1995, selon les données compilées par Bloomberg. Sa position de cash net représente actuellement 1,3 euro par action, soit les deux tiers de sa valorisation au cours de clôture de vendredi. Pour Matt Thornton, analyste chez Avian Securities, «un fonds de private equity pourrait vouloir racheter la principale division de Nokia pour son cash, la coentreprise Nokia-Siemens dans les infrastructures mobiles pouvant être vendue ou faire l’objet d’une scission».

Si le rachat par un concurrent asiatique ou par Apple semble improbable, c’est plutôt du côté de Microsoft que pourrait venir une telle initiative, car sans Nokia «cela signifierait la fin de Windows Phone», relève Charlie Wolf, analyste chez Needham à New York. Cela lui permettrait également de mettre la main sur les brevets du groupe finlandais, qui pourraient selon le bureau d’analyse MKM Partners valoir 6 milliards d’euros, soit 83% de sa valeur boursière actuelle. Mais un passage à l’acte serait plus vraisemblable lorsqu’auront été constatés les premiers signes de stabilisation opérationnelle de l’ex-valeur phare des marchés. «Cela est susceptible de prendre un an», concède Michael Genovese, directeur général de MKM Partners.

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