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Métaux stratégiques : l’autre front des tensions géopolitiques

J. Safra Sarasin
Derrière les 20 % de brut mondial transitant par le détroit d’Ormuz, la crise affecte directement les métaux. La région détient 10 % des capacités de production d’aluminium, exposées à des dommages permanents, et sécurise 40 à 50 % des exportations mondiales de soufre, un intrant indispensable à l’extraction du cuivre et du nickel.
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Une demande structurelle que les crises ne font qu’accélérer

Après le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la flambée des prix de l'énergie a provoqué une accélération notable des ventes de véhicules électriques et une forte hausse des investissements dans les réseaux électriques européens. Le même mécanisme est à l'œuvre aujourd’hui. La pression sur l’offre pétrolière en provenance du Golfe devrait renforcer l’urgence d'électrifier l’économie, à l’instar du secteur des transports, ce qui soutient structurellement la demande de lithium, de cuivre et d’aluminium.

Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus large : la ressource est devenue un instrument de politique étrangère. Les restrictions chinoises à l’exportation de certains minéraux critiques, le Critical Raw Materials Act européen, les programmes américains de production domestique de terres rares, les initiatives de diversification coordonnées par le G7 représentent des mesures qui témoignent toutes d’une même prise de conscience. La sécurisation des chaînes d’approvisionnement en matériaux stratégiques est désormais un enjeu crucial pour tous les pays.

Pourquoi analyser toute la chaine de valeur pour investir ?

Pour les investisseurs, la thématique des matériaux stratégiques présente un attrait certain, à condition d’en aborder la complexité avec méthode. L’exposition à cette thématique ne se limite pas aux sociétés minières, dont le profil cyclique est bien connu. L’ensemble de la chaîne de valeur recèle des opportunités aux caractéristiques très différentes.

En aval des producteurs de matières premières, les fabricants d'équipements miniers affichent des carnets de commandes solides et tirent une part significative de leurs revenus des activités de services après-vente, source de visibilité sur les bénéfices futurs. De même, les fabricants de batteries bénéficient de la croissance structurelle de la demande tout en étant moins exposés aux fluctuations des prix des matières premières, grâce à des mécanismes contractuels de répercussion des coûts.

Au sein du secteur minier lui-même, la discipline de sélection reste déterminante. Il est important de privilégier les producteurs à faibles coûts, dotés de bilans solides et capables de livrer une croissance claire de leur production, dans des juridictions offrant un cadre stable. En effet, le risque de nationalisation des ressources, les aléas réglementaires et la volatilité inhérente aux matières premières exigent une gestion active, ainsi qu’une conviction fondée sur l’analyse, plutôt que sur l’enthousiasme sectoriel.

Quelles implications dans un portefeuille d’investissement

La chaîne de valeur des matériaux stratégiques constitue une thématique d’investissement majeure pour la prochaine décennie. Elle repose sur des forces convergentes : l'électrification, la recomposition géopolitique des approvisionnements, et la demande croissante des économies émergentes. Ces tendances ne dépendent pas d’un cycle économique particulier ; elles s’inscrivent dans une transformation structurelle de long terme.

Une approche diversifiée, couvrant plusieurs segments de la chaîne de valeur, permet d’y participer tout en limitant la volatilité propre aux sociétés d’extraction minière. Le XXIe siècle sera façonné non seulement par l’innovation technologique, mais aussi par la compétition autour des ressources physiques qui la rendent possible. Savoir où se positionner sur la chaîne de valeur des matériaux stratégiques est, à nos yeux, l’une des questions d’allocation les plus importantes des années à venir.

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