La bataille pour la recapitalisation de Technicolor suscite un vif débat

Alors que l’offre de Vector est mieux-disante, la direction du groupe est tenue par contrat de soutenir celle de JPMorgan. L’AMF a demandé des précisions
Olivier Pinaud
Le siège de Technicolor. Photo: Hamilton/REA
Le siège de Technicolor. Photo: Hamilton/REA  - 

Deux investisseurs, JPMorgan d’un côté et le fonds de private equity américain Vector de l’autre, qui se disputent publiquement le droit de pouvoir augmenter le capital d’une entreprise. En plus d’être relativement inhabituel, le dossier Technicolor suscite un vif débat juridique entre les différentes parties et l’Autorité des marchés financiers (AMF). Il oppose en effet une offre en partie privée, celle de JPMorgan, régie par des contrats conclus entre la société et l’investisseur, à une offre concurrente totalement publique, celle de Vector, déposée devant l’assemblée générale des actionnaires.

La complexité du dossier tient aux contrats signés le 2 mai entre la direction de Technicolor et JPMorgan. En réponse aux demandes de l’AMF, Technicolor a dû préciser la nature de ces engagements. Les contrats prévoient, d’une part, que le groupe fasse «ses meilleurs efforts pour obtenir l’approbation de l’opération par l’assemblée générale du 20 juin» et cherche à obtenir des actionnaires représentant 2% ou plus de son capital «l’engagement de voter en faveur de cette opération».

D’autre part, la recommandation à l’unanimité du conseil d’administration de Technicolor en faveur de JPMorgan, même après l’annonce de l’offre concurrente de Vector, «est notamment fondée sur les obligations que la société a souscrites envers Jesper (le holding de JPMorgan, ndlr) en vertu de ces contrats».

Certains actionnaires de Technicolor s’interrogent sur la pertinence de ces engagements pour la société alors que l’offre de Vector permettrait de réduire la dilution de 28% et d’augmenter de 10% à 18% le montant final de l’opération. Les sociétés de conseil aux actionnaires ISS et Glass Lewis recommandent également de voter contre le projet de JPMorgan lors de l’AG du 20 juin puis de soutenir l’offre dissidente de Vector.

La publication, probablement le 13 juin, de la note d’opération visée par l’AMF pourrait lever une partie du voile sur l’offre de JPMorgan. Mais à une semaine de l’AG, le temps de réflexion des actionnaires sera relativement court, ce qui pourrait pousser JPMorgan à revoir les modalités de son offre quitte à reporter de quelques jours la tenue de l’AG. Le marché spécule sur un mouvement en ce sens.

L’action Technicolor a fini hier à 1,973 euro, bien au-dessus des prix auxquels JPMorgan (1,6 euro) et Vector (1,9 euro) sont prêts à investir au capital dans le cadre de la partie réservée de l’opération.

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