Face aux géants du web, les éditeurs de contenu font appel à l’Europe
Les désaccords
sur les prix de vente entre les géants du web – Amazon et Google en tête – et
les éditeurs de contenu dématérialisé ne font que commencer. Par exemple, il
est impossible de précommander
un film du catalogue de Warner Bros sur le site
américain de ventes en ligne dont l’offre commerciale de diffusion de contenus
en streaming en cours de lancement exclut par ailleurs pour le moment les
artistes produits par Universal. Les principaux
distributeurs en ligne n’hésitant pas à profiter pleinement de leur position
dominante, les producteurs de biens culturels dématérialisés peinent à obtenir
un prix qu’ils jugent « raisonnable » pour leurs produits. Ces
derniers soutiennent même qu’ils font l’objet de pressions, susceptibles de se
matérialiser par des déréférencements, l’impossibilité de précommander une
œuvre voir un détournement du trafic de leurs propres sites.
Youtube
menacerait d’écarter les artistes indépendants de son service gratuit s’ils
n’acceptent pas les conditions pour figurer au catalogue de la plateforme de
streaming musical que développe actuellement l’entreprise de la Silicon Valley.
Face à ce
qu’ils considèrent être un abus de position dominante, ces artistes réunis au sein du réseau mondial de
l’industrie musicale indépendante, WIN (The Worldwide Independent Music
Industry Network) sollicitent l’intervention de la Commission Européenne.
« YouTube continue d’approcher individuellement des labels indépendants avec
un contrat type non négociable et la menace à peine voilée que leur contenu
sera bloqué sur la plateforme si celui-ci n’est pas signé » peut-on
lire dans le communiqué de presse publié par IMPALA, le pendant européen de WIN
mercredi 4 juin. C’est pour cette raison que l’association « demande à la Commission Européenne de
prendre les mesures qui s’imposent au vu des agissements de Youtube» a
ainsi précisé Alison Wenham, PDG de WIN.
Si l’institution a bien
eu « connaissance de l’enjeu » a confirmé
Antoine Colombani, son porte parole sur les questions de concurrence, « elle ne s’est pas encore positionnée. »
La question n’est pas nouvelle. Le 15
mai dernier, l’Open Internet Project (OIP) a publié un manifeste réclamant
« l’interdiction des pratiques de
Google consistant à favoriser ses propres services et contenus » et a
porté plainte devant la Commission Européenne pour abus de position dominante.
Signé par des grands noms européens de l’édition tels que Lagardère Active,
Mediengruppe Madsack ou Axel Springer, le manifeste se concentre sur la
question de la « recherche sans
discrimination ». Le premier motif de la plainte déposée par l’OIP
concerne ainsi le détournement de trafic :« Google privilégie de façon indue ses propres
services de recherche, verticaux et non-verticaux : il développe des
stratégies pour mettre en avant ses propres plateformes (comme YouTube et
Google+) aux dépens de ses concurrents. »
Mercredi 28 mai, Aurélie Filippetti a réagi à un
conflit similaire opposant Amazon à Hachette Livre, détenu par Lagardère
Publishing, « faire du chantage aux éditeurs en restreignant
l’accès du public aux livres de leurs catalogues pour leur imposer des
conditions commerciales plus dures n’est pas tolérable. »
Le différend porterait principalement sur les e-books pour lesquels Amazon exigerait une baisse des prix de
vente, n’hésitant pas pour ce faire à limiter la distribution des supports
physiques édités par Hachette dont The Silkworm (Le ver à soie) le nouveau roman de JK Rowling. Vendant au
Royaume-Uni 78% des e-books édités
par Hachette – 60 % aux Etats-Unis - d’après une présentation datant du 28 mai
2014 disponible sur le site du groupe Lagardère, Amazon dispose effectivement
d’un levier de pression important. Face à cette situation, la ministre de la
Culture et de la Communication a invité la Commission européenne à « exercer toute sa vigilance pour prévenir des
situations d’abus de position dominante si celles-ci étaient attestées en
Europe. »
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