EDF n’échappera pas au surcoût de la sécurité nucléaire
François Fillon a été clair sur les conséquences pour EDF de l’accident nucléaire survenu au Japon. Le Premier ministre a déclaré jeudi sur France 2 que les tests de sécurité nucléaire qui seront menés pourront «obliger EDF à investir dans des systèmes supplémentaires». Il a précisé que le durcissement des normes pourrait notamment conduire à la «mise en place d’un système mobile capable de suppléer le système de secours d’une centrale» en difficulté.
Les surcoûts en résultant ne sont pas aisés à prévoir mais le producteur d'électricité français n’exclut pas, selon une source bien informée, qu’ils puissent atteindre 15% du coût d’allongement de la durée de vie des centrales. EDF ne commente pas cette estimation. Sachant que l’électricien prévoyait d’investir quelque 40 milliards d’euros dans le cadre d’un programme sur vingt ans d’allongement de la durée de vie de ses centrales, «une hausse globale de 10 à 15 milliards» est possible, soit entre 500 et 750 millions supplémentaires par an, selon la même source.
Cette estimation est plus conservatrice que celle retenue par certains analystes. Ainsi, Louis Boujard, analyste chez Aurel BGC, rappelle que «le projet d’allongement de la durée de vie des centrales prévoyait jusqu’ici un investissement moyen de 600 millions d’euros par tranche (soit 550 millions par gigawatt)». Et d’anticiper sa hausse «dans les prochains mois à 750 millions par gigawatt», soit un saut de plus d’un tiers.
Par ailleurs, François Fillon a prévenu qu’une autre conséquence de la catastrophe «va être de nous conduire à formuler des exigences plus sévères pour l’exportation de technologies nucléaires à l’extérieur». Si l’avertissement vaut surtout pour Areva, EDF est aussi concerné, qui a fait de l’expansion de son activité à l’étranger un relais de croissance important. Mais les conséquences pour lui ne seront sensibles qu’à plus long terme.
Dans l’immédiat, il se peut que la situation résultant de la catastrophe de Fukushima renforce paradoxalement la main d’EDF dans la partie capitale qu’il joue sur les tarifs dans le cadre de la loi Nome. EDF, qui demande que le prix de départ du MWh nucléaire qu’il devra céder à ses concurrents soit fixé à 42 euros - ses rivaux réclament 35 euros – pourrait tirer argument des surcoûts qu’il s’apprête à supporter pour obtenir en contrepartie un tarif de cession plus conforme à ses vues.
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