EDF est confronté à un effet de ciseau grandissant
EDF n’en finit pas de subir les effets du vieillissement de son parc nucléaireen France. Alors que l’énergéticien français avait déjà mis en sommeil cinq réacteurs, le programme d’inspection visant à détecter des problèmes de corrosion conduira à l’arrêt de trois réacteurs supplémentaires au cours des prochaines semaines. Le réacteur de Chinon 3 sera arrêté à compter du 19 février pour 20 semaines, tandis que ceux de Cattenom 3 et de Bugey 4 seront mis à l’arrêt fin mars-début avril pour cinq semaines chacun.
En intégrant ces nouveaux arrêts, EDF a une nouvelle fois abaissé lundi soir sa prévision de production d'électricité entre 295 et 315 térawatt-heures (TWh) pour 2022, contre une précédente fourchette de 300 à 330 TWh annoncée à la mi-janvier. EDF a ajouté que la prévision de production nucléaire pour 2023, actuellement estimée entre 340 et 370 TWh, «sera ajustée dès que possible». Face au nombre important de réacteurs nucléairesactuellement à l’arrêt en France, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a demandé un audit à EDF. «Nous avons un problème sur ce trop grand nombre de réacteurs arrêtés. EDF doit me rendre un premier rapport en mars», a souligné mardi la ministre. Elle a cependant assuré qu’il n’y avait «pas de risque de black-out généralisé en France» d’ici à la fin de l’hiver.
Un impact négatif estimé à 2 milliards d’euros
L’impact financier de ces nouvelles prévisions de production n’a pas encore été précisé par EDF, mais il pourrait s’élever à 2 milliards d’euros au niveau de l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) du groupe pour l’exercice 2022, selon Barclays. «Compte tenu de l’incertitude considérable concernant l’Ebitda pour 2022, la publication des résultats 2021 d’EDF le 18 février prochain devient un événement important», soulignent les analystes de la banque britannique qui espèrent à cette occasion l’annonce de mesures destinées à renforcer son bilan.
Pour les analystes de Jefferies, ce nouvel avertissement «devrait accroître la pression sur la notation de crédit» d’EDF. L’agence Fitch a récemment abaissé sa note de «A-» à «BBB+» , tandis que Moody’s et Fitch ont adopté une perspective négative sur la dette à long terme du groupe. Alors même que la baisse de sa production fragilise ses équilibres financiers, EDF est en effet contraint de renforcer ses investissements dans l’énergie nucléaire pour répondre à la hausse programmée de la demande d’électricité.
Des compétences réinternalisées
Il s’apprête ainsi à reprendre les anciennes activités nucléaires d’Alstom qui avaient été cédées fin 2014 à l’américain General Electric. Au menu du conseil d’administration qui s’est tenu lundi soir, cette opération estimée à 900 millions d’euros doit être annoncée jeudi par le président de la République, Emmanuel Macron, à l’occasion d’un déplacement à Belfort consacré à l’avenir de la filière nucléaire française. Le locataire de l’Elysée pourrait surtout annoncer à cette occasion le lancement d’un grand programme de construction de réacteurs EPR.
Les dirigeants politiques n’ont pas attendu l’annonce officielle pour saluer ce rachat. «C’est une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu’on récupère sous le pavillon français les compétences nucléaires sur tout le cycle, notamment sur ces turbines qui sont des merveilles technologiques et qui sont nécessaires pour fabriquer les centrales nucléaires», a déclaré Barbara Pompili en faisant référence aux turbines Arabelle, fabriquées à Belfort par General Electric. Ces turbines sont actuellement logées dans la société GE Steam Power (GEAST), dans laquelle l’Etat français dispose d’une «golden share».
Le ministre de l’Economie a de son côté insisté sur les «réinvestissements massifs» de la France dans la filière nucléaire. «Aujourd’hui, nous avons Orano, contrôle public, pour les combustibles, même chose avec Framatome sur les cuves, même chose maintenant avec EDF sur la réalisation, y compris avec les turbines Arabelle qui vont revenir sous le contrôle d’EDF», s’est réjoui Bruno Le Maire. L’action du producteur électrique a clôturé en repli de 1,3% à 8,3 euros à Paris.
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