La Corée du Sud suspend la cotation des ETF à effet de levier
- La Corée du Sud suspend le lancement d’ETF à effet de levier pour calmer une spéculation excessive.
- Dès le 5 août, le dépôt minimum requis pour les investisseurs passera de 10 millions à 30 millions de wons.
- Les sociétés financières ont désormais l’interdiction de promouvoir ces produits à levier déjà cotés.
Les régulateurs financiers sud-coréens ont annoncé la suspension temporaire des nouvelles cotations de fonds négociés en bourse (ETF) à effet de levier adossés à une action unique, ciblant en particulier les produits liés aux deux géants technologiques Samsung Electronics et SK Hynix, selon Bloomberg.
Pour les produits à effet de levier à une seule action déjà cotés et en cours de négociation, les sociétés de valeurs mobilières et les gestionnaires d’actifs seront immédiatement interdits de publicité, et de promotion d’événements.
Dévoilée par la Financial Services Commission (FSC), cette décision vise à freiner une volatilité jugée excessive après un pic récent de popularité et de volumes échangés sur ces instruments.
La FSC a précisé que ce moratoire restera en vigueur jusqu'à stabilisation des conditions de marché, en réponse aux appels répétés en faveur de mesures plus strictes après plusieurs épisodes de fortes secousses sur une place boursière pesant environ 4 100 milliards de dollars.
Un tour de vis à plusieurs étages
Au-delà du gel des nouvelles cotations, Séoul a annoncé une série de mesures d’encadrement entrant en vigueur par étapes. Le dépôt minimum exigé des investisseurs passera de 10 millions à 30 millions de wons (environ 17.700 euros) à compter du 5 août, et la taille du lot de négociation pour l’effet de levier d’une seule action sera également fortement augmentée, passant de 1 à 20 unités.
Concernant le dépôt minimum, la marge de base actuelle de 10 millions de wons comprend non seulement de l’argent liquide sur le compte mais aussi 70 % de la valeur marchande des titres de substitution tels que les actions, les ETF et les obligations. Dorénavant, seule la liquidité sera reconnue comme marge de base.
De plus, la formation préalable obligatoire pour investir dans ces produits sera renforcée, avec l’ajout d’une heure d’enseignement supérieur aux deux heures actuelles, et l’obligation de repasser le module en cas de score inférieur à 60 points à l'évaluation intermédiaire.
Qui plus est, les teneurs de marché (LP) et gestionnaires d’actifs devront resserrer leur gestion des écarts de valorisation des ETF, le seuil de tolérance passant de 3% à 2%, sous peine de sanctions renforcées pouvant aller jusqu'à la restriction de leurs nouvelles activités en cas de faute volontaire ou de négligence grave.
Lee Chan-jin, gouverneur du Financial Supervisory Service (FSS), a exhorté les sociétés de gestion d’actifs à renforcer leur supervision des ETF et à renforcer la protection de leurs clients. La taille du marché des fonds négociés en bourse (ETF) a presque doublé cette année.
Un aveu implicite d’erreur de calibrage
Les autorités ont reconnu que les approbations accordées à ces produits populaires adossés à des actions uniques avaient peut-être été délivrées trop rapidement, contribuant à alimenter une hausse des transactions de détail financées par emprunt, d’après le Kaohoon International.
Fin mai, l’encours de la dette sur marge des investisseurs particuliers avait atteint un niveau record de 60.000 milliards de wons (35 milliards d’euros).
Selon les données du Korea Capital Market Institute, depuis le lancement de ces ETF à effet de levier, le volume estimé de transactions actions quotidiennes nécessaires au rééquilibrage s’est situé entre 700 milliards et 2,1 000 milliards de KRW.
L’approbation initiale de ces ETF, en janvier, cherchait pourtant à empêcher la fuite de capitaux domestiques vers les produits à effet de levier sur actions uniques déjà disponibles sur les Bourses étrangères.
Les régulateurs estimaient que si les investisseurs coréens allaient de toute façon négocier ce type de produits, autant qu’ils le fassent sur leur propre marché, sous des règles locales. La FSC avait alors plafonné le levier à 2x, en cohérence avec les standards mondiaux sur les ETF.
Mais l’expansion du segment a été fulgurante : plus de dix ETF à levier sur action unique ont été lancés de manière agressive au cours des deux derniers mois, suivant principalement les grandes valeurs technologiques, avec un rendement quotidien offert aux investisseurs deux fois supérieur à celui de l’action sous-jacente.
Un mécanisme de rééquilibrage accusé d’amplifier la volatilité
Le cœur du problème identifié par les acteurs de marché tient au mécanisme même de ces produits. Pour maintenir un ratio de levier fixe, les gestionnaires de fonds doivent procéder à des opérations de rééquilibrage à grande échelle avant chaque clôture de séance.
Ce mécanisme est largement pointé du doigt pour aggraver les mouvements de prix, achats supplémentaires lors des hausses, ventes supplémentaires lors des baisses, et pour amplifier significativement les volumes échangés en fin de journée ainsi que la volatilité des titres sous-jacents, en particulier sur Samsung Electronics et SK Hynix.
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