Wall Street ouvre la porte vers les ETF sur les humanoides chinois

Le lancement par Defiance ETFs du premier ETF américain dédié à la robotique humanoïde chinoise (CROB) met en lumière une domination désormais écrasante de Pékin sur ce marché naissant.
Robot humanoïde dévoilé par Figure
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Defiance ETFs a annoncé le 18 août le lancement du Defiance China Robotics ETF (Nasdaq : CROB), premier fonds coté aux États-Unis entièrement dédié à l'écosystème chinois de la robotique humanoïde.

L'émetteur entend répliquer la performance de l’indice Solactive China Humanoid Robotics Index, composé d’entreprises impliquées dans la conception, la fabrication et la fourniture de technologies critiques, IA embarquée, systèmes de contrôle de mouvement, actionneurs de précision et solutions d’automatisation.

Le fonds, dont le ratio de frais s'établit à 0,89 %, est géré par Defiance ETFs LLC, avec Tidal Investments LLC comme sous-conseiller.

Une production qui quintuple en un an

Selon le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information, la Chine a fabriqué environ 20.000 robots humanoïdes en 2025, un volume déjà dépassé au premier semestre 2026 avec plus de 40.000 unités, la prévision pour l’année pleine dépassant les 100.000, soit près de cinq fois le niveau de l’an dernier.

Cette accélération industrielle s’appuie sur un socle déjà considérable. Le pays exploite environ 2 millions de robots industriels en service, soit près de 4,5 fois le parc japonais, et a concentré 54 % des installations mondiales de robots industriels en 2025, selon le rapport World Robotics de la Fédération internationale de robotique.

Côté livraisons, les cabinets d'études convergent sur un même constat de domination écrasante. D’après Smart Analytics Global, environ 19.100 robots humanoïdes ont été livrés dans le monde au premier semestre 2026, contre 5.100 un an plus tôt, soit une progression de plus de 270 % en douze mois, la Chine captant plus de 97 % de ces volumes.

Le même institut table sur près de 60.000 livraisons pour l’ensemble de 2026 et environ 500.000 unités à l’horizon 2030.

TrendForce crédite Unitree d’une part de marché de 49,3 % sur la robotique humanoïde chinoise en 2026, devant AgiBot, dont le dixième millième exemplaire est sorti d’usine fin mars. Selon Smart Analytics Global, sur le seul premier semestre 2026, AgiBot a livré 8.400 unités (44 % du marché mondial) contre 5.900 pour Unitree.

UBTech, coté à Hong Kong depuis 2023, occupe la troisième marche avec une part de marché chinoise estimée à 8 % pour 2026 par TrendForce ; le groupe a vu son chiffre d’affaires sur la robotique humanoïde multiplié par 23 l’an dernier, avec 1.079 exemplaires vendus, ses machines étant notamment déployées dans les usines de BYD, avec l’appui de partenaires comme Airbus, Foxconn, Honda, Siemens ou Texas Instruments.

Une politique industrielle assumée

Le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information a formalisé sa stratégie dès 2023 avec ses Orientations sur l’innovation et le développement des robots humanoïdes, puis publié en janvier 2024 un plan directeur fixant l’objectif d’une production de masse fiable avant fin 2025, et le statut de premier producteur mondial avant 2027.

Fin 2025, le ministère a créé un comité de normalisation dédié aux humanoïdes et à l’intelligence incarnée, et publié dès mars 2026 un premier corpus de normes couvrant l’ensemble du cycle de vie de ces machines, la Chine pilotant désormais l'élaboration de standards internationaux pour les robots d’assistance aux personnes âgées.

Le soutien financier public est à la mesure de l’ambition. Un fonds national de long terme devrait mobiliser près de 1.000 milliards de yuans (138 milliards de dollars) de capitaux publics et privés sur vingt ans, après un premier fonds robotique de 1,4 milliard de dollars annoncé dès août 2023.

Les collectivités locales démultiplient cet effort : Shanghai vise une industrie robotique pesant 14 milliards de dollars, avec l’objectif de faire émerger dix marques leaders et cent scénarios d’application de référence d’ici la fin de la décennie.

Plus de 40 centres de formation financés par l'État génèrent en parallèle des volumes massifs de données d’entraînement pour les modèles d’IA incarnée, un avantage compétitif que la seule puissance de calcul ne suffit pas à répliquer.

L’avance chinoise

En outre, la montée en puissance chinoise sur les robots humanoïdes ne peut être comprise qu’en la replaçant dans l’architecture industrielle complète du pays.

Un robot humanoïde est une synthèse technologique. Il nécessite des actionneurs de haute précision, des moteurs électriques compacts, des batteries à forte densité énergétique, des capteurs sophistiqués, des semi-conducteurs performants et une couche logicielle d’intelligence artificielle.

La Chine contrôle aujourd’hui une part dominante de plusieurs de ces segments clés. Elle est leader mondial des batteries lithium-ion, domine le raffinage de nombreux minéraux critiques, dispose d’un écosystème complet d’électronique de puissance, et concentre une large part de la production robotique industrielle mondiale.

Sur le plan de la propriété intellectuelle, le rythme de dépôt s’est nettement accéléré ces dernières années : la Chine revendiquerait aujourd’hui environ 7.700 brevets liés à la robotique humanoïde, portée par plus de 150 entreprises actives sur le segment, contre environ 1.500 pour les Etats-Unis.

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