Le fardeau de l’EPR fragilise l’avenir d’EDF
L’EPR de Flamanville ressemble à son cousin finlandais Olkiluoto 3 entré en service fin 2021, soit avec près de douze ans de retard et une facture trois fois plus élevée que prévu. EDF a annoncé mercredi un nouveau nouveau report de la date de chargement du combustible pour le réacteur de la centrale de nouvelle génération en construction à Flamanville, ainsi qu’une nouvelle hausse du coût à terminaison du projet, qui passe de 12,4 milliards à 12,7 milliards d’euros.
EDF prévoit désormais de charger le combustible au deuxième trimestre de 2023, contre fin 2022 auparavant. Une fois les autorisations obtenues de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et plusieurs paliers de montée en puissance, EDF s’attend à la production des premiers mégawattheures sur le réseau « avant la fin de 2023 ».
Entré en construction fin 2007, le réacteur EPR de Flamanville devait initialement démarrer en 2012 pour un coût estimé à 3 milliards d’euros.
Le gouvernement s’agace
Les activités de reprise des soudures, suite aux écarts détectés en 2018 sur le circuit secondaire principal, sont la principale raison de ce nouveau retard, a précisé Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF en charge de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Les opérations de remise à niveau des soudures devraient être terminées en août 2022, et non en avril comme estimé auparavant. EDF attend également le retour d’expérience de l’aléa technique rencontré sur le réacteur de type EPR Taishan 1, à l’arrêt depuis plus de six mois.
Ce nouveau surcoût et le retard supplémentaire ne manque pas d’agacer le gouvernement. « Nous serons vigilants à ce qu’EDF tire les leçons des différents retards qu’a connus ce chantier, afin d’améliorer son processus industriel », a lancé Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, lors du compte-rendu du conseil des ministres. En 2019, un audit commandé par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait qualifié le chantier de l’EPR « d'échec pour EDF » et la filière nucléaire française. Bruno Le Maire avait dénoncé « un manque de rigueur inacceptable » et sommé EDF, dont l’Etat est actionnaire à 83,7%, de mettre en place un « plan d’action» d’ici un mois pour remettre la filière nucléaire aux « meilleurs niveaux d’exigence ». Ce rappel à l’ordre n’a pas suffi.
« Onze des douze principaux contrats de l’EPR ont connu des augmentations de coût comprises entre 100 et 700 % », soulignait la Cour des comptes dans un rapport cinglant publié en juillet 2020, parlant de « dérive considérable, même pour un réacteur ‘tête de série’ ». Les Sages calculaient que « que le coût de l’électricité produite par l’EPR de Flamanville pourrait se situer entre 110 et 120 €/MWh », soit quasiment le triple du prix auquel EDF revend actuellement de l’électricité nucléaire à ses concurrents (42 euros/MWh) via le système de l’Arenh, l’Accès régulé à l'électricité nucléaire historique.
Les paradoxes de l’Etat
Les nouveaux déboires du premier EPR français d’EDF tombent mal quelques semaines après qu’Emmanuel Macron a annoncé la construction de nouveaux EPR dans l’Hexagone. Dans un rapport remis en mai 2020 au gouvernement, EDF se disait en mesure de réduire le coût d’un EPR 2 d’environ 30% par rapport à la facture normalisée du chantier de Flamanville grâce à la standardisation des procédés et à la construction, par paire, de ces nouveaux réacteurs sur des sites existants. Construire six EPR 2 couterait ainsi 46 milliards d’euros, selon EDF. « On ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR 2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront », doutait la Cour des Comptes.
Avec 41 milliards de dette nette à fin juin 2021, pour 53 milliards de fonds propres, EDF aura du mal à financer seul ces EPR 2. « Aucun nouveau projet ne saurait être lancé sans une forme de garantie publique, quel que soit le dispositif retenu », écrivait le rapport de la Cour des Comptes, ce qui reviendrait à transférer la charge au consommateur, donc en augmentant les tarifs, ou au contribuable, via les finances publiques.
Mais comment imaginer la pérennité d’un tel mécanisme alors que le gouvernement actuel, comme tous ses prédécesseurs, s’est engagé auprès des Français à geler les tarifs d’EDF en 2022 pour éviter une envolée de leurs factures ? Le dispositif envisagé par le gouvernement va coûter 8 milliards d’euros aux finances publiques cette année et représenterait un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros pour l’excédent brut d’exploitation 2022 d’EDF.
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