Dividendes et investissements ne sont pas nécessairement incompatibles
Dividende ou investissement? Deux lettres envoyées fin mars et mi-avril aux grandes entreprises américaines et européennes par Laurence Fink, le directeur général de BlackRock, ont ouvert le débat sur le bon usage de leurs cash-flows. «Après la crise financière, bon nombre d’entreprises n’ont pas osé investir dans leur croissance future et cela nous préoccupe», reconnaît Laurence Fink, selon lequel «trop d’entreprises ont réduit leurs investissements et même accru leur endettement pour pouvoir augmenter leurs dividendes et leurs rachats d’actions», parfois sous la pression d’actionnaires activistes.
Les chiffres collectés par la recherche de FactSet corroborent les inquiétudes du dirigeant du premier gestionnaire mondial. En 2013, les entreprises du S&P 500 ont déboursé 477 milliards de dollars pour racheter leurs propres actions, soit 23,6% de plus qu’en 2012, niveau le plus élevé depuis 2008. Selon l’étude de FactSet, les plus grands groupes américains consacrent encore 66,9% de leur cash-flow aux rachats d’actions. Un ratio élevé qui va à l’encontre de la direction de BlackRock qui pousse pour que «la redistribution de cash aux actionnaires fasse partie d’une stratégie de gestion équilibrée».
Pour les analystes de JPMorgan, les sociétés peuvent mener de front les deux causes, même si, de prime abord, les rachats d’actions interviennent souvent en période de crise lorsque la visibilité sur la demande finale est faible, laissant ensuite la place aux investissements lorsque l’optimisme revient. La banque américaine note que le ratio investissement sur PIB est passé de 10,9% en 2009 à 12,3% actuellement aux Etats-Unis. Et, dans le même temps, l’indice S&P500 Buybacks a surperformé le S&P500 de 141%, dans un marché haussier, signe que les entreprises qui pratiquent des rachats d’actions ne sont pas si défensives que cela.
En Europe, en retard de cycle par rapport aux Etats-Unis, la cohabitation paraît possible aussi selon JPMorgan. Les groupes du Stoxx 600 n’ont racheté que 1,2% de leur capitalisation boursière en 2013, plus faible taux historique. Or, dans le même temps, leur politique d’austérité a permis de ramener le taux d’endettement (dette sur fonds propres) à 45% contre près de 70% en 2008.
Les groupes européens ont donc de la marge pour relancer un investissement atone à moins de 13% du PIB, contre une moyenne de long terme de 14,5, et reprendre des rachats d’actions. Le tout est de choisir la bonne proportion.
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