Alstom: l’Etat négocie avec Bouygues son entrée au capital
La France a décidé de soutenir la dernière offre de General Electric pour les actifs d'énergie d’Alstom et de prendre 20% du capital du groupe, mais ses propositions achoppent encore sur le prix de la participation de 29,4% de Bouygues dans le groupe industriel.
Vendredi après-midi, le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg a indiqué lors d’une conférence de presse que la France n’approuverait l’offre de GE qu'à condition de pouvoir rentrer chez Alstom en rachetant les deux tiers de la participation détenue par Bouygues.
Les conditions de l’entrée de l’Etat, réalisée via l’Agence des participations de l’Etat (APE), se feraient au prix du marché. Au cours de clôture de vendredi, soit 28 euros, ce ticket correspondrait à un investissement de 1,72 milliard d’euros. Problème: Bouygues a déprécié sa part de 1,4 milliard début 2014 pour la valoriser à 34 euros par titre dans ses comptes, et cherche de l’argent frais pour soutenir sa filiale télécoms.
Le groupe et l’Etat doivent trouver un accord d’ici à lundi matin. Samedi, le conseil d’administration d’Alstom a pour sa part validé à l’unanimité le projet d’alliance avec le groupe américain, selon un communiqué. Si l’Etat ne peut pas rentrer au capital, il s’opposerait alors à l’opération entre Alstom et General Electric, en vertu du décret Montebourg adopté il y a quelques semaines sur les investissements étrangers en France dans les secteur protégés.
La position définitive de l’Etat dépendra des négociations en cours avec Bouygues pour lui racheter les deux tiers de sa participation dans le groupe industriel français, a averti samedi François Hollande, qui a dit compter sur «des avancées d’ici la fin de la journée». «S’il n’y avait pas ces avancées, s’il n’y avait pas cette vente à un prix qui, pour le gouvernement soit acceptable, alors il y aurait nécessairement à revenir sur l’alliance telle qu’elle vient d'être annoncée» avec General Electric, a prévenu le président de la République en marge d’un mini-sommet européen à l’Elysée.
La dernière offre de GE, déposée jeudi, prévoit une réduction de la partie cash versée aux actionnaires, la reprise à 100% des activités dans les turbines à gaz et la création de trois coentreprises (JV) à 50-50, mais dirigées opérationnellement par GE: l’une dans les turbines à vapeur, utilisées dans les centrales nucléaires françaises, l’autre dans les réseaux électriques (grid) et la dernière dans les énergies renouvelables (hydroélectrique et éolien en mer). L’offre a été structurée pour répondre aux demandes du gouvernement, en sanctuarisant notamment les droits de propriété intellectuelle sur la partie nucléaire.
De son côté, Siemens, candidat malheureux au rachat des activités d'énergie en association avec Mitsubishi, a déclaré dans un communiqué «comprendre» que l’Etat ait privilégié dans cette affaire «la sauvegarde des intérêts nationaux». La riposte du groupe allemand apparaissait à beaucoup comme défensive face à la perspective de voir GE se renforcer avec Alstom.
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