Trump fait sauter toutes les digues sur les marchés financiers
En ces semaines où «des décennies se produisent», selon la formule de Lénine, le président américain dynamite une à une toutes les certitudes auxquelles se raccrochent les marchés financiers. Première digue à sauter, le «Trump put», cette corde de rappel qui empêchait le locataire de la Maison-Blanche d’adopter des mesures trop néfastes au portefeuille boursier des Américains et, plus sûrement, à ses propres investissements. L’entrée en vigueur effective, cette semaine, de droits de douane punitifs vis-à-vis des grands partenaires commerciaux des Etats-Unis, en attendant l’Union européenne, a fait plonger à juste titre Wall Street. Les investisseurs découvrent que les décisions prises dans le Bureau ovale ne sont plus indexées sur le niveau du S&P 500, comme lors de son premier mandat.
Deuxième digue, la réticence proverbiale de Berlin à s’endetter pour préparer l’avenir. La fin de la pax americana en Europe a forcé la très atlantiste Allemagne à annoncer un plan d’investissement sans précédent de 500 milliards d’euros dans la défense et les infrastructures, quitte à s’affranchir de ses propres contraintes budgétaires. Il s’agit bien d’un nouveau moment «whatever it takes», comme lorsque Mario Draghi et la BCE avaient volé au secours de la monnaie unique en 2012. L’envolée des taux longs, de l’euro et des actions européennes signale à la fois les espoirs placés dans la relance de la première économie du continent, et les défis budgétaires que soulève l’effort de guerre.
L’or bat des records et le dollar recule alors qu’il aurait dû monter à la faveur des droits de douane. Ce n’est qu’un début.
Troisième digue et la plus importante, le rôle du dollar comme monnaie de réserve, inextricablement lié à la politique commerciale et extérieure des Etats-Unis. Plus qu’à Donald Trump, c’est à son conseiller économique Stephen Miran qu’il faut ici se référer. Ce gérant de hedge fund a exposé en novembre dernier, dans un document d’une quarantaine de pages, la doctrine du nouveau pouvoir. En échange de leur soutien militaire, et grâce à leur stabilité politique interne, les Etats-Unis ont fait du billet vert et des Treasuries la référence mondiale. Mais les inconvénients du système dépasseraient aujourd’hui ses avantages : une monnaie surévaluée, une perte de compétitivité des exportateurs américains et un déficit courant croissant. Il faut donc faire baisser le dollar, sans pour autant menacer le financement de l’énorme déficit budgétaire du pays.
La martingale ? Réserver des droits de douane réduits et le bénéfice du parapluie militaire aux partenaires qui accepteraient de souscrire des obligations à cent ans et de financer gratuitement les Etats-Unis. Dans le langage du parrain de la Maison-Blanche, ce serait faire à ces pays une offre qu’ils ne peuvent pas refuser. En pratique, on voit mal comment cette forme d’extorsion de fonds pourrait aboutir à un compromis multilatéral d’une ampleur comparable aux accords du Plaza de 1985. Stephen Miran évoque d’ailleurs, en conclusion de sa note, les conséquences potentielles de cette logique de rapport de force. Les nations dont la sécurité est remise en cause accroîtraient leurs budgets de défense et verraient leur prime de risque s’écarter, la volatilité du marché des changes augmenterait, la recherche d’alternatives aux actifs financiers américains s’intensifierait.
Trois mois plus tard, nous y sommes. De premiers signes de défiance apparaissent, l’or bat des records et le dollar recule alors qu’il aurait dû monter à la faveur des droits de douane. Ce n’est qu’un début. En s’attaquant au statut de la devise américaine, socle du système financier international, c’est la mèche d’un baril de poudre que l’administration Trump vient d’allumer.
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