Les taux européens bondissent avec les milliards d’investissements annoncés par l’Allemagne
La nouvelle est tombée dans la soirée, faisant bouger les taux mercredi 5 mars dans d’importantes proportions. En pleine négociation d’une formation du futur gouvernement, les partis allemands conservateur (CDU/CSU) et social-démocrate (SPD) ont annoncé mardi vouloir réaliser des investissements sans précédent de plusieurs centaines de milliards d’euros pour renforcer la défense et les infrastructures du pays. «Compte tenu des dangers qui menacent notre liberté et la paix sur notre continent, le mot d’ordre pour notre défense doit être : quoi qu’il en coûte !», a déclaré le futur chancelier Friedrich Merz (CDU), qui a terminé en tête des récentes élections législatives. Une référence à la volonté de l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi de sauver à tout prix la zone euro et de la monnaie unique d’une dislocation en 2012.
Concernant la défense, les deux formations politiques vont demander la semaine prochaine un vote à la chambre des députés (Bundestag) pour s’affranchir des règles nationales constitutionnelles, le fameux «frein à l’endettement» qui limite depuis 2009 le déficit budgétaire public. Cela permettrait au pays de dégager «au moins 100 milliards d’euros par an» pour la défense, de quoi approcher le seuil annuel de 3% du PIB correspondant au nouvel objectif que pourraient bientôt se fixer les pays de l’Otan.
Un fonds de 500 milliards
Dans le même temps, conservateurs et sociaux-démocrates se sont mis d’accord sur un gigantesque plan de dépenses publiques pour améliorer les infrastructures et la «compétitivité économique» du pays, un retour à la croissance étant perçu comme la condition pour pouvoir financer les nouvelles dépenses dans la défense. Les partis veulent ainsi faire voter par la chambre des députés la mise sur pied d’un fonds spécial de 500 milliards d’euros.
A lire aussi: Les élections allemandes recentrent le débat sur l’enjeu budgétaire
Les deux mesures nécessitent une majorité des deux tiers, pas évidente à atteindre à la chambre des députés. Mais les marchés y croient, les taux à 2 ans et à 10 ans allemands ayant gagné respectivement 16 et plus 20 points de base (pb) à l’ouverture des marchés, à 2,16% à 2,68%. Les rendements n’ont cessé de se tendre toute la journée en zone euro, de 25 points de base environ à 16h30. Le rendement de l’OAT 10 ans atteignait 3,48%, celui du Bund 2,78%.
Cette volte-face allemande profite aux actions européennes ce mercredi matin. Le Dax flambait de 2,6% en milieu de matinée, le CAC 40 bondissait de 1,9% et l’Euro Stoxx 50 gagnait 1,7%. Les valeurs de défense poursuivent leur hausse des derniers jours. L’indice Stoxx Europe Aerospace & Defense grimpe de près de 4%. A Paris, Thales s’adjuge plus de 6%, BAE Systems monte de 3,3% à Londres, Rheinmetall avançait de 5,7% à Francfort et Leonardo gagnait 4% à Milan.
Les groupes industriels sont également à la fête, avec des hausses de 10% pour Alstom, 7% pour Saint-Gobain, 6% pour BASF et Siemens, 5% pour CRH et Bayer.
A lire aussi: La montée des inquiétudes provoque une fuite vers les Treasuries
Plus d'articles du même thème
-
Le marché high yield ne connaît pas la crise
Les émetteurs haut rendement ont afflué ces dernières semaines sur le marché primaire, soutenus par la forte demande pour le rendement. Certains craignent néanmoins une trop grande complaisance. -
L’énergie et la technologie alimentent les records en Bourse
Ces deux secteurs ont permis aux marchés actions de bien performer depuis le début de l’année, portés notamment par les bons résultats du premier trimestre. Mais la dynamique est moins favorable pour l’Europe. -
Le fabricant de chars KNDS va bien accueillir l’Allemagne à son capital
Berlin et Paris devraient chacun détenir 40 % du spécialiste de l’armement tandis que les familles allemandes céderaient l’ensemble de leur participation à l’occasion de l’introduction en Bourse attendue dans les prochaines semaines.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond début mai
- La Société Générale écope d’une amende de 20 millions d'euros pour défaut de conseil en assurance et vente systématique
- Anne Hiebler (CACIB) : «Le M&A est un métier très exigeant qui nécessite un important engagement personnel»
- Standard Chartered brise le tabou des effets de l’IA sur l’emploi
- Emmanuel Moulin préserve la continuité à la Banque de France
- Indosuez Wealth écope d'une amende de plus de 13 millions d'euros en Espagne
Contenu de nos partenaires
-
Serrer les dentsAides carburant et économies : jusqu'où Lecornu peut-il tenir ?
Maintenant qu'il a repoussé la sortie de crise au-delà de l'été, au mieux, le Premier ministre s'engage dans une course de fond sans moyen financier, diminué par le faible nombre d'alliés et plombé par le contexte économique -
Ligne de crêteSébastien Lecornu entre volonté de soutenir l'activité et refus du « quoi qu'il en coûte »
En annonçant l'élargissement des aides pour une période de trois mois supplémentaires, Sébastien Lecornu a promis qu'il ne proposerait aucune augmentation d'impôt dans son projet de budget 2027 -
PénuriesLFI et le RN votent ensemble pour priver la France de riz, de chocolat, de fruits et de légumes
Mercredi en séance publique, les députés des deux extrêmes ont voté conjointement un amendement à la loi agricole pour interdire toute importation de produits ayant utilisé un phytosanitaire non homologué en France. Ce qui peut priver notre pays d'une partie de sa nourriture