- Economie
- Tribune
Quel régime de croissance pour demain ?
Sur le long terme, la croissance peut se nourrir de l’accumulation des facteurs de production, le travail et le capital, sur une base extensive en alimentant le dynamisme de la demande (investissement, notamment en logement et consommation). À cet égard, l’offre de travail est corrélée à la taille de la population active, elle-même fonction des évolutions démographiques, lesquelles conditionnent donc en partie les potentialités de croissance future. Notre capacité à générer de la croissance sur le long terme dépend également de l’efficience des processus productifs et donc de la manière de combiner le plus efficacement possible les facteurs de production. Ces gains de productivité, à l’origine d’une croissance de nature intensive, sont intimement liés aux innovations et aux progrès techniques.
Aujourd’hui, le monde vit une double révolution, digitale et verte, de quoi susciter les espoirs d’un renouveau de croissance grâce aux retombées attendues en termes de productivité, à l’instar de ce que l’on a pu observer lors des révolutions industrielles passées. Pourtant, il n’est pas certain que ces ruptures technologiques réussissent à inverser la tendance lourde à l’épuisement des gains de productivité tandis que d’autres facteurs structurels pourraient peser sur la croissance tendancielle de long terme.
Coûteuse décarbonation
Face à l’urgence climatique, il est indispensable de revoir nos organisations économiques, nos modes de vie, de production et de consommation pour réduire notre empreinte carbone. Ces grandes transformations sont synonymes, à l’échelle planétaire, d’une révolution industrielle verte pour remplacer ou adapter le capital existant et les systèmes productifs à base d’énergies fossiles. La révolution verte, à la fois indispensable et désirable, va provoquer un boom d’investissement et donc de demande à même de doper la croissance à court terme. Cependant, décarboner l’énergie, les équipements et les usages va coûter cher sans que ces investissements aient nécessairement le pouvoir de rehausser la productivité sur le long terme.
Par ailleurs, cette transition écologique est source d’inflation. La fin annoncée des énergies fossiles et la mise en place d’une fiscalité carbone, sans doute incontournable pour aiguillonner les changements de comportement, vont renchérir les prix des produits carbonés. Le chemin vers la neutralité carbone devrait aussi faire grimper le prix des énergies renouvelables mais aussi de tous les matériaux et métaux critiques nécessaires à l’électrification des procédés industriels et des usages. Ce sacrifice en matière de prix et de pouvoir d’achat va peser sur la demande et donc sur la croissance, même si les incidences économiques pourraient être en partie atténuées par des politiques de redistribution adaptées de manière à compenser les perdants.
A lire aussi: Les relations sino-américaines en quête d'un équilibre précaire
Il faut dès lors parier sur la technologie émergente de l’intelligence artificielle qui pourrait être ce facteur accélérateur de productivité tant attendu. Cependant, la révolution du numérique, qui a suscité les mêmes espoirs de renaissance économique, n’a pas délivré ses promesses de croissance, avec une diffusion à large échelle lente et insuffisante pour augmenter le niveau de productivité globale. En fait, si la révolution du numérique, et demain celle de l’intelligence artificielle, transforment en profondeur nos structures économiques, elles introduisent un biais de structure en faveur d’activités faiblement productives. En effet, les secteurs à productivité élevée comme l’industrie, là où les machines remplacent les humains, ont bien du mal à compenser le développement des activités de services riches en emplois. Le redéploiement de la main-d’œuvre vers des services de proximité est, dans certains cas, synonyme d’ubérisation avec des emplois de faible qualité, plus précaires et mal payés, pas de quoi soutenir le pouvoir d’achat et la consommation.
Il convient également de ne pas sous-estimer les effets de longue traîne des chocs successifs sur la croissance potentielle. Les crises ont sans doute abîmé de façon durable les facteurs de production avec à la fois une destruction du capital productif, un retard d’innovation et une dépréciation du capital humain, lesquels vont peser sur les rythmes de productivité futurs.
Par ailleurs, la Chine, la locomotive mondiale, est en panne de croissance. Difficile de faire évoluer le régime de croissance basé sur une production intensive en main-d'œuvre et sur l’attraction de technologies vers une économie axée sur l’innovation tirée par la consommation intérieure et le développement des services, au moment où le durcissement idéologique et le resserrement réglementaire qui va avec induisent une double crise, immobilière et de confiance. Plus largement, le fléchissement de la population active à l’échelle mondiale, sur fond de ralentissement démographique, risque de freiner durablement la croissance de nature extensive liée à l’augmentation de la quantité de travail disponible.
Enfin, la fragmentation géopolitique dans le contexte de rivalité stratégique entre la Chine et les États-Unis, est synonyme de fragmentation économique avec une reconfiguration des échanges internationaux et des flux d’investissement directs qui, selon le FMI, vont induire un coût pour la croissance mondiale.
Difficile donc d’imaginer de nouveaux ressorts de cette croissance matérielle, considérée comme l’alpha et l’oméga de notre prospérité. Néanmoins, c’est sans doute le concept même de croissance qui doit être revisité pour inventer de nouvelles métriques, afin de mesurer le caractère durable et inclusif d’un nouveau régime de croissance plus écoresponsable.
Plus d'articles du même thème
-
La BCE donne rendez-vous pour une hausse de taux en juin
Alors que les marchés font déjà une large partie du travail de durcissement des conditions financières en anticipant trois hausses de taux cette année, la présidente Christine Lagarde a insisté sur la nécessité d’une "fonction de réaction" de la BCE face à l’inflation. Elle a seulement évité d’ajouter «quelle que soit la suite». -
Le pétrole atteint un plus haut niveau de plus de quatre ans
Mercredi, les cours du pétrole accéléraient sur la perspective d’un blocus prolongé, avec cessez-le-feu. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les prix de l’or noir ont battu de nouveaux records sur la perspective de frappes «brèves et puissantes» de l’armée américaine sur les infrastructures iraniennes. -
La France se rapproche de la situation de stagflation
L’économie française a stagné au premier trimestre selon la première estimation du PIB de l’Insee publiée jeudi. L’inflation a accéléré pour atteindre 2,2% sur un an en avril, et même 2,5% pour l’indice harmonisé HICP, à cause des prix de l’énergie en forte hausse suite à la guerre en Iran.
ETF à la Une
BlackRock émet un nouvel ETF actif dédié à la dette des marchés émergents
- Un nouveau vent de fronde souffle sur les certificats d’investissement du Crédit Agricole
- Revolut, un modèle bancaire singulier et valorisé à prix d'or
- La Société Générale tient bon grâce à la banque de détail
- La banque de détail porte les résultats du Crédit Agricole au premier trimestre
- La Société Générale affiche un résultat net trimestriel de 1,7 milliard d'euros
Contenu de nos partenaires
-
La Russie et l'Ukraine annoncent un cessez-le-feu à des dates différentes
Kiev - La Russie a annoncé lundi un cessez-le-feu unilatéral avec l’Ukraine les 8 et 9 mai pour les commémorations de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, et a menacé de lancer une «frappe massive de missiles» sur Kiev si l’Ukraine le violait. L’Ukraine a répondu en déclarant sa propre trêve les 5 et 6 mai, estimant qu’il n'était «pas sérieux» de s’attendre à ce qu’elle observe un cessez-le-feu à l’occasion d’un jour férié militaire russe. Ces annonces interviennent à un moment où les Etats-Unis recentrent leur attention sur le conflit au Moyen-Orient après leurs efforts déployés pour mettre fin à la guerre en Ukraine, provoquée par l’invasion russe à grande échelle du pays en 2022. «Conformément à une décision du Commandant suprême des forces armées de la Fédération de Russie, (le président) Vladimir Poutine, un cessez-le-feu a été décrété du 8 au 9 mai 2026", a indiqué le ministère dans un message publié sur MAX, une application de messagerie soutenue par l’Etat. «Si le régime de Kiev tente de mettre en oeuvre ses plans criminels visant à perturber les célébrations du 81e anniversaire de la Victoire lors de la Grande Guerre patriotique, les forces armées russes lanceront une frappe massive de missiles de représailles sur le centre de Kiev», a déclaré le ministère russe de la Défense dans un communiqué diffusé également sur MAX. «Nous avertissons la population civile de Kiev et les employés des missions diplomatiques étrangères de la nécessité de quitter la ville sans délai», a-t-il ajouté sans autre explication. La Russie commémore chaque année la Journée de la Victoire soviétique contre l’Allemagne nazie en 1945 en organisant un vaste défilé militaire sur la place Rouge à Moscou. De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré lundi qu’il n'était «pas sérieux» d’instaurer un cessez-le-feu pour permettre à la Russie de célébrer cette journée, et que Moscou craignait que les drones ukrainiens ne «bourdonnent au-dessus de la place Rouge». «A ce jour, il n’y a eu aucune demande officielle adressée à l’Ukraine concernant les modalités d’une cessation des hostilités dont il est question sur les réseaux sociaux russes», a indiqué M. Zelensky dans un message publié sur la plateforme X. «A cet égard, nous annonçons un régime de cessez-le-feu à partir de 00H00 dans la nuit du 5 au 6 mai», a-t-il ajouté. Le président ukrainien a ensuite atterri à Bahreïn pour des discussions sur la «coopération en matière de sécurité» avec ce pays du Golfe, a indiqué à l’AFP une source au sein de la délégation ukrainienne. Attaques meurtrières Lundi, une frappe de missile russe a coûté la vie à sept civils dans la ville de Merefa, située près de Kharkiv dans l’est de l’Ukraine, et une attaque de drone a provoqué la mort d’un couple dans une localité du sud, selon les autorités ukrainiennes. Un journaliste de l’AFP a vu à Merefa des corps étendus dans la rue, recouverts de couvertures et de draps blancs ainsi que des magasins et maisons éventrés et des voitures endommagées. Une femme, dont un proche a été tué dans une voiture, caressait son corps à travers la vitre du véhicule, tête baissée. Selon des informations préliminaires, l’attaque a été menée à l’aide d’un missile balistique de type Iskander, a précisé le parquet régional. L’Ukraine se bat depuis plus de quatre ans contre l’invasion russe à grande échelle et la région de Kharkiv, frontalière de la Russie, est très régulièrement visée par des attaques russes. Une partie importante de ce territoire avait été occupée par l’armée russe au début de la guerre, puis largement reprise par les forces ukrainiennes. La zone contrôlée par les Russes en Ukraine a diminué de quelque 120 km2 en avril, ce qui n'était plus arrivé depuis la contre-offensive ukrainienne de l'été 2023, selon l’analyse par l’AFP des données de l’Institut pour l'étude de la guerre (ISW). L’invasion russe de l’Ukraine, conflit le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale, a fait des centaines de milliers de morts des deux côtés. Victoria LUKOVENKO © Agence France-Presse -
Guerre au Moyen-Orient : la trêve fragile entre les Etats-Unis et l’Iran mise à l’épreuve après des tirs dans le détroit d’Ormuz
Les forces américaines ont affirmé avoir détruit, lundi 4 mai, six petites embarcations iraniennes dans le détroit d’Ormuz, après des tirs visant des navires militaires américains et des bâtiments commerciaux. Donald Trump a refusé de confirmer si le fragile cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran tenait toujours après ces incidents -
Présidentielle 2027 : Renaissance choisit un processus en deux temps pour désigner son candidat
Paris - Nouvelle étape dans la candidature de Gabriel Attal: les militants de Renaissance se sont exprimés majoritairement en faveur d’une désignation de leur candidat à la présidentielle par le Conseil national - le parlement du mouvement - suivie d’un vote des adhérents, a rapporté lundi le parti. Deux dirigeants historiques du parti macroniste, Jean-Marc Borello et Bariza Khiari, ont présenté au bureau exécutif (la direction) leurs conclusions s’agissant de la désignation du candidat à l'élection présidentielle. A l’issue de deux mois de consultations, les deux responsables ont rapporté que 70% des militants consultés étaient favorables à une désignation du candidat suivi d’un vote, 15% à une primaire interne et 15% à une primaire ouverte. Le bureau exécutif de Renaissance réuni lundi soir a donc décidé par 60 voix pour, 3 abstentions, et 0 contre, de soumettre au Conseil national (CN) deux options: la désignation du secrétaire général Gabriel Attal comme candidat du parti, «s’il décidait de se présenter, conformément à la volonté largement majoritaire» des militants, ou l’organisation d’une primaire interne, «bien que celle-ci ne soit soutenue que par une minorité des adhérents et des cadres» du parti. Le Conseil national se réunira le 12 mai pour donner sa décision. S’il opte pour une désignation de Gabriel Attal, celle-ci sera suivie dans les 10 jours par un vote des adhérents à jour de cotisation. Dans les statuts, le choix du mode de désignation revient au CN, présidé par Élisabeth Borne, qui n'était pas présente au bureau lundi. L’ancienne Première ministre a multiplié les signes de distanciation à l'égard de Gabriel Attal, dont la candidature à l’Élysée ne fait aucun doute. La ministre Aurore Bergé était présente, et représentait au bureau la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Sans s'être officiellement déclaré candidat, Gabriel Attal a donné tous les signes qu’il se préparait à l'échéance. Il a publié le 23 avril un livre et multiplié depuis les déplacements, de dédicaces en meetings, avant un grand rassemblement parisien le 30 mai. Dans son ouvrage «En homme libre» (Editions de l’Observatoire), l’ancien Premier ministre âgé de 37 ans raconte longuement la dissolution de l’Assemblée par Emmanuel Macron, qu’il a vécue depuis Matignon en 2024, «l’une des décisions politiques les plus funestes de la Ve République», écrit-il. Depuis, le député des Hauts-de-Seine s’est emparé du parti présidentiel Renaissance comme du groupe à l’Assemblée, tourné sans concurrence interne vers son dessein présidentiel. © Agence France-Presse