L’inflation a divisé les gouverneurs de la BCE en décembre
Des membres du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) ont estimé lors de sa réunion de décembre qu’une inflation élevée pourrait durer plus longtemps que prévu, indique le compte rendu de cette réunion, publié jeudi, soulignant ainsi les tensions au sein de l’institution sur sa politique monétaire et ses projections économiques.
Des membres du conseil ont alors souligné que «les modèles calibrés sur des données pré-pandémiques pourraient ne pas être bien adaptés à la prise en compte de changements structurels majeurs ou d’un passage potentiel d’un régime d’inflation faible à un régime d’inflation élevée».
«Face à un tournant potentiel dans les perspectives d’inflation», des gouverneurs ont jugé «primordial de prêter une attention particulière aux signaux opportuns provenant de l'économie réelle, notamment ceux des entreprises et des responsables de la fixation des salaires, plutôt que de se fier principalement aux modèles et aux tendances passées».
A l’issue de sa réunion de la mi-décembre, la BCE avait annoncé qu’elle mettrait fin à son programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) en mars, afin de réagir au niveau élevé de l’inflation et à la normalisation de la situation économique malgré les incertitudes associées à la crise sanitaire.
La BCE avait alors nettement relevé sa prévision d’inflation pour la zone euro l’année prochaine. La banque centrale avait indiqué tabler sur un taux d’inflation annuel de 3,2% en 2022, contre une prévision de 1,7% annoncée en septembre. En 2023 et 2024, les hausses de prix devraient être limitées à 1,8% par an, un seuil inférieur à l’objectif de 2% de la BCE qui peut ainsi justifier le maintien d’une politique monétaire accommodante.
Conserver la flexibilité nécessaire
Mais les minutes soulignent que des gouverneurs ont averti qu’un «scénario d’inflation ‘plus élevée pendant plus longtemps’ ne pouvait être exclu». Pour 2023 et 2024, l’inflation «pourrait facilement dépasser 2%», a-t-il été indiqué au cours de la réunion. «Il a été jugé important de conserver la flexibilité nécessaire pour agir de manière décisive afin de maintenir l’ancrage des anticipations d’inflation dans les deux sens, et donc de préserver également la crédibilité du Conseil des gouverneurs», ajoute le compte rendu.
«Le Conseil des gouverneurs devrait donc clairement faire savoir qu’il est prêt à agir si les tensions sur les prix se révèlent plus persistantes et si l’inflation ne tombe pas en dessous de l’objectif aussi rapidement que le prévoient les projections de base», a-t-il été déclaré, rapportent les minutes.
D’autres voix plus accommodantes ont en revanche prévenu contre «une réduction prématurée» du soutien monétaire et des achats d’actifs.
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