L’indigeste recette française contre l’inflation
Passer pour ultralibéral alors qu’on a porté la part des dépenses publiques à près de 60% du produit intérieur brut, telle est la croix d’Emmanuel Macron. Il n’a pas fini de la porter. La pandémie de Covid a entraîné en 2020 une nationalisation de l’économie dont la France n’est toujours pas revenue. L’inflation pousse la logique administrative un cran plus loin. Car il n’en faut pas beaucoup à l’Etat pour céder à sa pente naturelle, celle d’une perpétuelle expansion.
Au nom de la protection des Français, il use et abuse de trois vieilles recettes. D’abord, l’arrosage automatique : chèques inflation, revalorisation des allocations ou des retraites de base, soit plusieurs dizaines de milliards de dépenses qui démentent depuis la rentrée 2021 la promesse d’arrêt du quoi qu’il en coûte.
Ensuite, une forme de retour du contrôle des prix. Gaz, électricité, transports, eau, mais aussi tarifs bancaires ou d’assurance, le champ des prix administrés, de jure ou de facto, s’agrandit. Dans une chorégraphie bien réglée, banquiers et assureurs ont ainsi été convoqués à Bercy pour réfléchir aux moyens de préserver le pouvoir d’achat. Nul doute que d’ici quelques semaines, ils permettront au ministre d’annoncer triomphalement un compromis sur les frais d’impayés ou les polices automobiles. Ce sera un moindre mal pour la seule industrie qui avait dû accepter un gel annuel de ses tarifs lors de la crise des Gilets jaunes. La finance sera toujours suspectée, lorsqu’elle dégage des profits, de voler le peuple.
Emprise étatique
D’où la troisième recette, celle d’une taxation des «surprofits», déjà adoptée en Italie et au Royaume-Uni. Le gouvernement s’y refuse à ce stade, car l’idée ne cadre pas avec le discours officiel sur la baisse de la pression fiscale. Ou plutôt, il laisse à chaque entreprise le soin de faire son autocritique et de contribuer à l’effort national : juste retour des choses après le pontage public dont la plupart ont bénéficié en mars 2020. EDF n’a pas eu le choix. TotalEnergies, coutumier de ces polémiques, cherche la bonne ristourne sur le plein d’essence. CMA CGM, plus riche de 18 milliards d’euros en un an grâce à la flambée des prix du transport maritime, serait bien inspiré d’en rendre une partie avant qu’on ne l’y oblige.
En France, les crises accroissent les dépenses publiques, les rebonds de l’activité ne les réduisent pas. La séquence actuelle renforce pour longtemps l’emprise de l’Etat sur l’économie. Aucune des recettes utilisées ne calmera la grogne sur le pouvoir d’achat. Mais l’on connaît le coût de la surenchère. Des services publics inefficients, alors que leurs prix – administrés, eux aussi – croissent plus vite que l’inflation depuis vingt ans. Des politiques de soutien exorbitantes et mal ciblées, alors que le choc de pouvoir d’achat est inégalitaire. Et, quand il faudra enfin payer la facture, des taux de prélèvement qui resteront parmi les plus élevés d’Europe, alors que les ménages souffrent du poids de leurs dépenses contraintes.
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