Pouvoir d’achat : Bercy demande aux banques et assureurs de verser leur écot
La réunion était initialement prévue avant le premier tour des élections législatives. Elle a finalement eu lieu jeudi 23 juin, alors que le gouvernement se trouve aujourd’hui exposé à l’absence d’une majorité parlementaire. Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, qui pour l’heure conserve son poste à Bercy, a reçu les assureurs afin de discuter de leur contribution à la lutte contre la vie chère.
Une thématique déjà au cœur desa rencontre avec les banques françaises trois semaines plus tôt, notamment après plusieurs polémiques sur les frais bancaires. «Nous avons entamé, de manière générale, un cycle de négociations avec les acteurs économiques sur la lutte contre l’inflation », explique-t-on à Bercy, alors que le gouvernement est censé présenter la semaine prochaine en Conseil d’Etat son projet de loi en faveur du pouvoir d’achat.
« Nous avions initialement été convoqués en même temps que les banquiers», confie un assureur de la place, qui remarque, malicieusement, que « le contexte politique a considérablement changé depuis le choc du second tour des élections législatives ».
Des assureurs invités à modérer leurs tarifs
Depuis l’inflation déclenchée par la guerre en Ukraine, le sujet du pouvoir d’achat des Français n’en reste pas moins inflammable. D’autant que les assureurs souffrent, depuis la crise du Covid, d’un déficit d’image. Outre le sujet épineux de la couverture des pertes d’exploitation des restaurateurs, la polémique s’était déplacée sur les gains réalisés sur la sinistralité automobile du fait des confinements. Des économies qui plaidaient, soutenaient députés et associations de consommateurs, pour une redistribution en faveur des assurés, comme l’a pratiqué la Maif en retournant 100 millions d’euros à ses sociétaires.
S’ils ont souffert de la crise, les assureurs ont publié en début d’année des résultats annuels florissants voire records pour 2021, ce qui pourrait plaider pour de nouveaux efforts envers leur clientèle. Le ministre Bruno Le Maire les a ainsi invités ce jeudi « à la modération tarifaire en auto comme en santé », confirme son entourage à L’Agefi.
Un ministre «à l’écoute» des assureurs
Seul secteur privé en France à avoir abondé le Fonds de solidarité nationale pour les TPE-PME, les assureurs font valoir qu’ils ont déjà énormément contribué, à travers leurs gestes extra-contractuels pour leur clientèle. Surtout, ils ne sont épargnés ni par la sinistralité climatique,les récents orages de grêle ayant encore coûté au secteur près d’un milliard d’euros, ni par l’inflation. « Nous encaissons les primes d’assurance à un moment donné et nous réglons les sinistres bien plus tard. Donc nous supportons l’inflation lors du règlement des sinistres, notamment via les coûts de réparation. Cela ampute une partie de nos marges », explique un grand assureur dommages.
Les complémentaires santé, déjà ponctionnées par la « taxe Covid », font valoir que les dépenses de soins des Français sont reparties à la hausse depuis que la campagne de vaccination a permis de mettre fin aux confinements. Elles ont aussi mis en avant auprès du ministre « le coût du 100% santé sur les prestations versées sur les soins dentaires et les audioprothèses », confie à L’Agefi l’une des parties prenantes.
Lors de cette réunion, à laquelle assistaient France Assureurs, la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), le Centre technique des institutions de prévoyance (Ctip), et les douze plus gros assureurs de la place, Bruno Le Maire se serait montré « à l’écoute », raconte une source au fait du dossier. Une nouvelle réunion est prévue à Bercy à la mi-juillet en vue de faire le point sur « les leviers d’actions pour lutter contre l’inflation », à l’instar du développement des pièces de réemploi dans la réparation automobile.
Les banques face à la clientèle fragile
De leur côté, les banques françaises « ont jusqu’à la fin du mois pour faire des propositions concrètes, opérationnelles et rapides » sur la question des frais prélevés pour la clôture et le transfert des comptes en cas de succession, indique-t-on à Bercy. L’entourage du ministre pointe « un sujet très irritant pour les Français ». Et de menacer : « Si les banques ne se mobilisent pas et ne font pas les efforts demandés, nous passerons très certainement par la loi. »
La question des frais d’incident, déjà plafonnés dans la loi pour les clients fragiles, a également ressurgi dans le débat, à la faveur notamment d’une proposition de loi déposée en janvier par le député centriste de la Marne Charles de Courson. Les banques françaises font valoir que leur modèle relationnel concourt à l’inclusion bancaire. « L’accompagnement personnalisé, la proximité avec les clients en situation de fragilité financière permettent aux banques d’identifier des solutions pour un retour si possible à l’équilibre budgétaire pérenne. Ces solutions ont permis aux personnes en situation de fragilité financière (4,1 millions) de réduire leurs frais bancaires totaux », explique la Fédération bancaire française. Les banques distribuent, par ailleurs, depuis 2014 une offre spécifique pour la clientèle fragile limitée à trois euros par mois et destinée à limiter les incidents bancaires : près de 700.000 clients en bénéficient en France aujourd’hui.
«Le transporteur maritime CMA-CGM a réalisé un bénéfice de 18 milliards d’euros en 2021 et on ne lui a pas demandé de contribuer à la solidarité nationale ! Les banques sont déjà très contraintes en termes de réglementation, on ne va pas en plus réglementer nos tarifs ! », s’agace un banquier de la place. Et de souligner : « il est normal que nous facturions nos services à nos clients. La meilleure réponse à la problématique du pouvoir d’achat est de proposer des gammes de produits avec des tarifs adaptés aux différentes typologies de clientèle. »
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