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L’évolution surprenante des prix de l'énergie
Début mars, juste après le début du conflit au Moyen-Orient, de nombreuses institutions ont choisi de proposer des scénarios économiques alternatifs pour prendre en compte l’incertitude quant à la durée et à l’intensité du conflit.
Pourtant, ce qui surprend dans la crise énergétique actuelle, c’est que les prix ne soient pas plus élevés, et ce malgré une durée du conflit qui approche de celle envisagée dans plusieurs scénarios défavorables. Dans les projections de la BCE de mars pour le deuxième trimestre 2026, le scénario défavorable (avec des perturbations persistantes dans l’approvisionnement en énergie) prévoyait un prix du Brent à 119 dollars/baril et du gaz TTF à 87 euros/MWH. Les projections intermédiaires de l’OCDE de mars envisageaient un scénario baissier avec des prix moyens du pétrole à 135 dollars/baril et du gaz à 77 euros/MWH. Jusqu'à présent sur le deuxième trimestre 2026, les prix observés sont bien en dessous de ces chiffres, avec une moyenne d’environ 100 dollars/baril sur le pétrole et de 45 euros/MWH sur le gaz.
Ces prix de marché plus bas qu’anticipés reflètent en partie la moindre intensité du conflit par rapport aux premières semaines ainsi que l’anticipation, par les marchés, d’un accord de paix qui permettrait la réouverture du détroit d’Ormuz. Les routes alternatives d’approvisionnement pour le Moyen-Orient ont fonctionné sans heurts, bien qu’elles ne comblent pas totalement le déficit d’approvisionnement. Les ajustements du côté de la demande énergétique ont également joué un rôle. Plusieurs compagnies aériennes ont notamment réduit leur activité en raison de la hausse des prix et des craintes de pénuries. Enfin, le ralentissement de la croissance économique a également contribué à freiner la demande.
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Une explication de la modération étonnante des prix de l’énergie provient de l’état de préparation des parties prenantes. À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’Europe en particulier a entrepris une diversification de son approvisionnement, tant en termes d’origine géographique que de sources d'énergie. L'électrification progressive a également aidé ainsi que la constitution de stocks structurels plus élevés. Les réserves de gaz européennes sont aujourd’hui à un niveau historiquement bas, après un hiver particulièrement froid, mais la situation aurait été pire si elles n’avaient pas été largement reconstituées avant l’hiver.
L’Europe n’est pas seule à s’être préparée. C’est aussi clairement le cas de la Chine. La mise en œuvre de sa stratégie de diversification de ses approvisionnements, engagée de longue date, s’est poursuivie en termes de régions, de voies de transport et de sources d'énergie. Parallèlement, la Chine a réalisé des investissements importants dans ses capacités de stockage et a conclu des contrats à long terme. Les États-Unis ont également joué un rôle central, notamment en tant que fournisseur de GNL, l’expansion de leur capacité d’exportation constituant une source essentielle d’approvisionnement flexible.
Le dernier rapport sur les investissements énergétiques mondiaux de l’Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit qu’ils atteindront 3 400 milliards de dollars en 2026, dont 2 200 milliards pour les réseaux, le stockage, les combustibles à faibles émissions, le nucléaire, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l'électrification. La part restante investie dans le pétrole, le gaz et le charbon devrait quant à elle chuter à environ 35 % en 2026, contre un peu plus de 45 % en 2015. Bien qu’une accélération supplémentaire soit sans doute nécessaire, la tendance est encourageante et la crise énergétique actuelle devrait sans doute renforcer l’attention portée sur la diversification, l’efficacité et l’autonomie de l’approvisionnement énergétique.
Les perspectives mondiales de l’AIE pour les véhicules électriques reflètent également la manière dont les consommateurs s’adaptent. Dans l’Union européenne, les ventes de véhicules électriques représentent 27 % des ventes en 2025, contre 10 % cinq ans plus tôt. En Chine, ces mêmes chiffres sont passés de 5 % à 53 %, tandis que les Etats-Unis ont également enregistré une progression, bien que moins marquée, avec une part passant de 2 % à 10 %.
La crainte de futurs surplus
Ces évolutions reflètent un risque, probablement déjà intégré dans les prix actuels du pétrole, à savoir la perspective d’un retour à un surplus d’offre encore plus élevé qu’avant la crise. Cela s’explique non seulement par l’évolution de la demande, mais aussi par l’affaiblissement du rôle de l’OPEP depuis le départ des Émirats arabes unis en mai.
L'épisode actuel reflète l’impact de la diversification de l’offre et de la demande, parallèlement à des niveaux de stocks plus élevés. Cela ne doit toutefois pas conduire à un excès de confiance en minimisant la possibilité de hausse des prix. Plus la fermeture du détroit d’Ormuz dure, plus le risque de pénuries d’approvisionnement est élevé. Il serait aggravé si le conflit devait s’intensifier avec de nouvelles destructions d’infrastructures. L’Europe, en particulier, est exposée car elle doit reconstituer ses stocks avant l’hiver.
La leçon de la crise actuelle est que la diversification et la constitution de stocks sont une réponse efficace mais, pour garantir la résilience face à de futurs chocs, des investissements supplémentaires sont nécessaires. Dans un monde marqué par une fragmentation géoéconomique et un risque géopolitique accrus, la quête d’une autonomie énergétique stratégique est essentielle. Dans le cas de l’Europe, cela implique des investissements continus dans les réseaux, le stockage, les combustibles à faibles émissions, le nucléaire, les énergies renouvelables, l’efficacité et l'électrification. Cela doit également être perçu comme une opportunité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de renforcer les mesures d’adaptation. L’objectif est de garantir la résilience des systèmes énergétiques, tant face aux perturbations géopolitiques qu’aux événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents.
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