Les relances budgétaires pourraient ouvrir d’autres perspectives à la BCE
Au milieu des mauvaises nouvelles, les mesures budgétaires massives envisagées par la zone euro pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à la Banque centrale européenne (BCE). Ce fut en tous cas un espoir quand l’Allemagne a détaillé, lundi, son programme de soutien à l’économie de 750 milliards d’euros, avec notamment 156 milliards de budget supplémentaire, auxquels s’ajouteraient 100 milliards destinés à la banque publique KfW, qui pourrait elle-même emprunter jusqu’à 200 milliards pour fournir des crédits aux entreprises (et 400 milliards de garanties sur des prêts aux entreprises en difficulté par un fonds de stabilité).
Cela laissait envisager une forte augmentation des émissions de dettes de ce pays qui n’en émettait plus de nouvelles depuis 2013, ce qui réduirait la pression à court terme sur les limites de la BCE : «Sans aller jusqu’à des extrêmes, la banque centrale ne devrait plus atteindre sa limite de 33% de détention de la dette de cet émetteur souverain aussi vite que prévu avec sa décision de dupliquer son programme d’achats APP par un plan d’urgence (PEPP) spécial depuis le 19 mars», espérait Frédérik Ducrozet, stratégiste de Pictet Wealth Management.
L’économiste devait cependant rapidement réviser ses projections quand l’agence de la dette allemande (Finanzagentur) a précisé ne prévoir d’augmenter qu’assez peu ses obligations de long terme, finançant une partie du nouveau budget par des papiers courts (bills) que la BCE n’achète pas. «Ces projections dépendent de pas mal d’inconnues entre écart du programme souverain (PSPP) aux clés de capital, répartition entre PSPP et CSPP, répartition entre dettes centrales et dettes régionales ou d’agences nationales, mouvements de prix, etc.», décrypte Frédérik Ducrozet.
D’autres pays pourraient être amenés à émettre des montants élevés sur des périodes de temps courtes, comme les Pays-Bas et le Portugal qui, pour d’autres raisons, risquent aussi d’être touchés par la limite théorique. L’Italie, dont la BCE pourrait décider de racheter plus de dette si elle change sa clé de répartition en tenant compte de la crise sanitaire, est moins concernée puisque la banque centrale détient seulement 21% de son immense dette (2.400 milliards). Ces 33% par pays correspondent à la minorité de blocage en cas de restructuration au regard des clauses d’action collective (CAC) prévues depuis 2013.
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