Les marchés saluent le PIB américain

La meilleure tenue de la croissance fin 2022, combinée à de bons indicateurs économiques, va toutefois alimenter le débat sur un tour de vis monétaire supplémentaire de la Fed.
Xavier Diaz
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Au quatrième trimestre 2022, le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis a progressé de 2,9% en rythme annualisé  -  AdobeStock

Les bonnes nouvelles sont-elles vraiment des bonnes nouvelles pour les marchés ? Les investisseurs semblaient rassurés par l’annonce d’un PIB solide au quatrième trimestre aux Etats-Unis qui conforte le pari d’un ralentissement modéré de l’économie américaine en 2023. Les données de chômage hebdomadaires ont par ailleurs confirmé la bonne tenue du marché du travail aux Etats-Unis. Mais après une ouverture en forte hausse jeudi, Wall Street efface une partie de ses gains après une demi-heure de cotation, alors que les investisseurs se demandent si ces chiffres ne vont pas pousser les membres les plus bellicistes (hawkish) de la Fed à réclamer un taux terminal plus élevé. De plus, la croissance, supérieure aux attentes au cours des trois derniers mois de 2022, est biaisée par des effets de stocks. L’indice S&P 500 progressait de 0,2% vers 16h et le Nasdaq de 0,8%. En Europe, l’indice Euro Stoxx 50 progressait de 0,5%.

La croissance est restée soutenue aux Etats-Unis au quatrième trimestre 2022, le produit intérieur brut (PIB) augmentant de 2,9% en rythme annualisé, selon la première estimation publiée jeudi par le département du Commerce, après la hausse de 3,2% au troisième trimestre. L’économie américaine ne ralentit que très légèrement. La croissance au dernier trimestre 2022 dépasse les attentes de 2,6% du consensus des économistes.

2,1% sur un an

Le second semestre a donc plus que compensé la contraction de 1,1% enregistrée sur les six premiers mois de 2022. Sur l’ensemble de l’année, la première économie mondiale affiche ainsi une croissance de 2,1%, en baisse par rapport aux 5,9% de 2021.

«Cependant, si nous creusons un peu plus dans les détails, nous constatons que ce n’est pas aussi positif que le titre seul le suggère», affirme James Knightley, économiste chez ING. La hausse des stocks explique en partie la solidité du PIB. «La surprise à la hausse est principalement due à une accumulation de stocks qui a ajouté près de 1,5 % au PIB au quatrième trimestre, ajoute Erik Norland, économiste chez CME Group. En dehors de la croissance des stocks, le PIB n’a augmenté qu'à un rythme annualisé de 1,4 %. L’augmentation des stocks pourrait être de mauvais augure pour la croissance au début de 2023, car les entreprises pourraient chercher à réduire les stocks excédentaires de marchandises.»

Le quatrième trimestre 2022 pourrait en effet être le dernier au cours duquel l'économie américaine affiche une telle croissance, alors que les effets du resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale vont commencer à se faire sentir pleinement. Il y a historiquement un décalage entre la hausse des taux de la Fed (+425 points de base en 2022) et l’impact sur l’économie réelle.

Signes de faiblesse

«Bon nombre des composantes les plus surveillées du PIB ont montré une faiblesse, notamment la consommation personnelle qui n’a augmenté que de 2,1 % en rythme annualisé au quatrième trimestre, soit 0,8 % en dessous du consensus. Les dépenses d’investissement fixe ont chuté à un rythme annualisé de 6,7 % dans un contexte d’effondrement de la construction de logements, tandis que l’investissement des entreprises en équipement a chuté à un rythme annualisé de 3,7 %. Il semble que les consommateurs ressentent les effets de la hausse des prix tandis que l’immobilier et l’investissement des entreprises ressentent les effets de la hausse des taux d’intérêt », relève Erik Norland qui ajoute que le soutien des dépenses fédérales (+6,2% en rythme annualisé) devrait également ralentir au cours des prochains mois.

Les premiers signes de ce ralentissement sont même déjà visibles. «En ce qui concerne les données du PIB du premier trimestre, la dynamique des chiffres n’est pas excellente, précise l’économiste d’ING. Nous avons eu six baisses consécutives du mois de mois dans la construction résidentielle, trois baisses consécutives de la production industrielle, les fortes baisses des ventes au détail en novembre et décembre et maintenant nous constatons que les indices ISM manufacturier et non manufacturier sont en territoire de contraction. Nous devons voir une inflexion rapide pour empêcher que le PIB du premier trimestre ne devienne négatif.»

Mais le marché du travail reste dynamique. Ce que confirme la nouvelle baisse surprise des inscriptions hebdomadaires au chômage la semaine dernière, de 6.000, à 186.000. Entretenant l’espoir d’un atterrissage en douceur.

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