Les lourds enjeux monétaires des errements de Donald Trump
L’affaire pourrait passer pour une nouvelle péripétie après une longue série d’incartades de la part de Donald Trump, à ceci près qu’elle risque fort de provoquer de lourdes de conséquences pour la politique monétaire aux Etats-Unis et en Europe.
Deux jours après avoir annoncé la signature du décret lançant les procédures d’autorisation de projets d’infrastructures, l’une des promesses phares du candidat Trump, la Maison-Blanche a fait savoir dans la nuit de jeudi à vendredi que le président des Etats-Unis ne créera pas de conseil sur les infrastructures.
Ce conseil, qui devait être composé de 15 membres maximum nommés par le président, devait l’assister dans sa politique de rénovation des infrastructures pour un montant évalué à 1000 milliards de dollars.
Si la Maison-Blanche n’a fourni aucun motif pour cette annulation, il faut bien constater qu’elle intervient quelques heures après la dissolution des deux cénacles de hauts chefs d’entreprise et personnalités économiques qui entouraient l’occupant du bureau ovale en matière économique. En dissolvant le Forum de stratégie et de politique et le Conseil sur l’industrie, Donald Trump a tiré les conclusions des départs fracassants de plusieurs grands patrons désapprouvant les commentaires nauséabonds du président américain sur les émeutes de Charlottesville le week-end dernier et les projets de suppression de monuments confédérés.
Donald Trump a rejeté la responsabilité des affrontements de Charlottesville, qui ont opposé militants de gauche et d’extrême-droite et ont fait un mort, sur les deux camps et a refusé de condamner explicitement les comportements racistes de militants suprémacistes.
En promettant, lors de campagne, de baisser les impôts, d’engager de dépenses massives d’infrastructures et de renégocier les accords commerciaux au profit des Etats-Unis, Donald Trump avait gagné la confiance des milieux d’affaires américains. Il avait également promis de porter la croissance du Produit intérieur brut à 3% par an à compter de 2018. Mais les difficultés qu’il rencontre au sein du Congrès, les luttes de pouvoir qui désorganisent la Maison-Blanche et son échec jusqu’ici à faire adopter des réformes, comme celle du système de santé, font peser l’incertitude sur la réalisation de son programme.
Sur les marchés des changes, cette incertitude est sensible. La monnaie unique s’est appréciée de près de 12% depuis le début de l’année (à 1,1753 dollar vendredi matin), perturbant la normalisation monétaire tant en zone euro qu’aux Etats-Unis. En zone euro parce que la BCE ne veut pas mettre en cause la reprise économique en favorisant intempestivement l’appréciation de l’euro. Et aux Etats-Unis parce que la Fed tente inutilement de rythmer la remontée de ses taux sur un calendrier de réformes désormais imprévisible.
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