Les effets secondaires des taux négatifs de la BCE vont augmenter
Isabel Schnabel, membre du conseil d’administration de la Banque centrale européenne (BCE) est revenue, mercredi devant l’European economic association (EEA), sur l’expérience des taux d’intérêt négatifs qui a permis «de stimuler l’économie et d’augmenter l’inflation». Changements démographiques, épargne excédentaire, ralentissement de la croissance de productivité ont contribué à une baisse séculaire du taux d’intérêt d'équilibre réel dans les économies avancées, obligeant les banques centrales à réagir pour chercher une réévaluation de la trajectoire des taux courts et encourager les banques à prêter.
La BCE a donc adapté ses outils devenant, en juin 2014, la première à baisser en négatif son taux de dépôt, progressivement jusqu’à -0,50% depuis, ce qui a déplacé les courbes à terme des taux courts en territoire négatif pour faire passer l’idée – rassurante – d’une porte ouverte à de nouvelles baisses de taux futures… Le report des investisseurs sur les titres longs s’est traduit par une compression de la prime de terme favorisant les effets des achats d’actifs sur les obligations d’Etat longues et une croissance des prêts aux entreprises.
Ces effets positifs ont dépassé les effets secondaires indésirables, estime Isabelle Schnabel, à propos d’une mesure souvent critiquée par les banques, qui ne répercutent pas ces taux négatifs sur leurs clients particuliers : «Cette contrainte semble désormais bien intégrée par les marchés puisqu’une hausse surprise du taux directeur a désormais un effet positif – au lieu de négatif en temps normal – sur le cours des actions des banques.»
S’il existe sans doute un «taux d’inversion» à partir duquel le dépôt bancaire deviendrait moins intéressant que la détention d’espèces, Isabelle Schnabel estime que la BCE n’a pas atteint cette limite… «On peut en douter quand on sait que les banques allemandes ont accumulé plus de 40 milliards d’euros de ‘cash’ pour limiter leurs dépôts à la banque centrale», note Axel Botte, stratégiste d’Ostrum AM.
«Comme avec d’autres mesures politiques non conventionnelles, les effets secondaires sont susceptibles d’augmenter avec le temps», reconnaît cependant Isabelle Schnabel, évoquant principalement le coût pour les entreprises non financières, dont les dépôts sont facturés. Pour l’instant, «cela les incite à réduire leurs liquidités par le biais d’investissements, soutenant ainsi le mécanisme standard de transmission de la politique monétaire».
Concernant l’impact sur la rentabilité des banques, «il est resté négligeable sur la période 2014-2019. Les effets négatifs de la baisse des revenus nets d’intérêts et de la charge sur les réserves excédentaires ont été largement compensés par une réduction des provisions pour pertes sur prêts.» Et depuis par le mécanisme de «tiering» et les opérations de refinancement à long terme (TLTRO) à des conditions extrêmement favorables pour les banques qui font du crédit : «Un aveu implicite qu’il faudrait corriger cette anomalie plutôt que de la compenser par des mesures techniques», juge Axel Botte…
Isabelle Schnabel conclut aussi qu’«il n’est pas acquis que les effets négatifs sur la rentabilité seront encore compensés par des provisions pour pertes sur prêts moins élevées à l’avenir», en évoquant la hausse du coût du risque liée à la crise actuelle (notamment face aux emprunteurs de moindre qualité) et des causes plus structurelles (industrie trop atomisée en l’absence de fusions et d’union bancaire). «Une réponse politique énergique des gouvernements est indispensable pour augmenter la croissance potentielle et ouvrir la voie à des taux d’intérêt positifs à l’avenir.»
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