Les indicateurs économiques donnent l’image d’une situation qui va empirer jusqu’à juin.
Publié le
Fabrice Anselmi
Trente millions d'Américains se sont enregistrés au chômage en sept semaines.
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Image Prawny/Pixabay
Au-dela des 71.000 décès liés au coronavirus, les mauvaises nouvelles économiques ne cessent de tomber sur l’économie américaine. La semaine dernière, qui avait débuté par les inquiétudes de Richard Clarida, vice-président de la Fed, sur l’envolée du chômage «sans précédent», s’est effectivement terminée par des chiffres de l’emploi négatifs, avec 3,169 millions de nouveaux demandeurs d’emplois pour la semaine terminée le 2 mai, ce qui porte à plus de 33 millions le nombre d’Américains enregistrés au chômage en sept semaines, pour 22 millions d’emplois non agricoles détruits. Le taux de chômage d’avril publié vendredi par le département du Travail approche désormais les 15%, près de deux fois plus qu’après la crise financière de 2008.
Certains économistes tablent toujours sur 30 millions de postes effectivement perdus à terme, à comparer aux 8,6 millions en 2008. L’emploi restant un indicateur retardé, «cela montre que la baisse de PIB du deuxième trimestre risque d’être bien plus importante que celle de 5% observée au premier trimestre aux Etats-Unis», remarque Florence Pisani, directrice de la recherche économique chez Candriam.
Les services (compagnies aériennes, hôtels, restaurants, etc.) sont autant touchés que les usines, même si tous les Etats n’ont pas ordonné des fermetures strictes face à la pandémie. L’indice ISM du secteur publié mardi s’est contracté à 41,8 en avril, après 52,5 en mars, pour la première fois depuis plus de dix ans, et les nouveaux contrats ont chuté à un plus bas historique de 32,9, ce qui nourrit les craintes d’une reprise longue et difficile, même après le déconfinement.
Concernant l’emploi, la pire semaine, fin mars avec 6,9 millions de nouvelles pertes, et le pire jour de baisse, le 12 avril avec une baisse de 74% des heures travaillées selon la société Homebase, seraient derrière nous. «L'économie américaine a probablement déjà récupéré 5 millions d’emplois (…), alors que la réouverture n’est que récente ou en cours», note même Tom Porcelli, économiste chez RBC Capital Markets. Le signe qu’une économie américaine plus dépendante des services pourrait rebondir aussi plus vite ? «Elle n’a connu aucune récession dans ces secteurs depuis 1945», relativise l’économiste Véronique Riches-Flores (RF Research), rappelant que 40% des emplois aux services les plus exposés à la paralysie sont dans le bas de l’échelle des salaires. «Entre poursuite de la distanciation sociale et faillites d’entreprises, beaucoup d’activités de services auront du mal à retrouver rapidement leur vitesse de croisière», ajoute Florence Pisani.
Baisse de 16% en mars de l’investissement en équipements
La baisse de la consommation des ménages (-7,5% en mars) et la contraction de l’investissement en équipements (-16% en mars, -10,3% pour les commandes à l’industrie) sont presque plus inquiétantes : «Les craintes sur l’évolution sanitaire risquent d’inciter les ménages à épargner alors que l’incertitude croissante sur l’évolution de la demande va freiner la reprise de l’investissement des entreprises», poursuit Florence Pisani. «C’est aussi le cas de la Senior loan Officer Survey sur l’activité bancaire, qui s’est beaucoup durcie pour les particuliers en avril sur les prêts immobiliers ou à la consommation», note également Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM.
Pour ce dernier, les mauvaises nouvelles vont s’accumuler jusqu’à juin, mais l’histoire n’est pas écrite : «Le plan de soutien budgétaire est l’un des plus massifs en dépenses réelles avec 1.300 milliards de dollars (6% du PIB) hors garanties et reports de taxes ( 2.100 sinon). Et il est susceptible d’augmenter via une extension au-delà de juillet des revalorisations de l’allocation chômage (de 385 à 985 dollars/semaine, pendant 20 à 26 semaines), ce qui devrait maintenir le pouvoir d’achat pour les plus démunis.»
Après ce plan de soutien, qui ne compensera pas la perte de chiffre d’affaires des entreprises, le Congrès serait en train de préparer un important plan de sortie de crise : «Pour relancer l’activité, on peut penser que ce plan comprendra, en partie au moins, des mesures destinées à répondre aux importants besoins d’investissement en infrastructures», explique Florence Pisani.
Diversion de Donald Trump ?
Le commerce aura été un autre grand thème de la semaine, après les déclarations du président Donald Trump s’interrogeant sur le respect par la Chine de l’accord commercial de «phase 1» signé en janvier et suggérant que sa mauvaise gestion de la crise pourrait entraîner des sanctions douanières ou délocalisations hors de Chine des chaînes d’approvisionnement, juste au moment de négocier la «phase 2». Ces nouvelles tensions avaient effacé le 1er mai le gain des actions américaines lié aux premiers espoirs sur un remède de Gilead au Covid-19. Et, alors que le département du Commerce a aussi annoncé une hausse record du déficit commercial de +11,6% (à 44 milliards de dollars) en mars avec une baisse record des exportations de -9,6% (à 188 milliards de dollars), elles risquent de renforcer les incertitudes des entreprises américaines sur l’avenir.
Les banques européennes n’ont pas forcément beaucoup resserré leurs conditions de crédit, les prêts au secteur privé ayant continué à progresser à un bon rythme en avril. En revanche, les agrégats monétaires comme M3 ont vu leur rythme de croissance fortement ralenti pour des raisons techniques comme les transferts des dépôts vers de l’épargne longue.
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