Le Sénat américain pointe le cynisme de Goldman Sachs et de Deutsche Bank
Le rapport des sénateurs Carl Levin et Tom Coburn ne ménage pas les institutions et le système financiers américains. Ses 635 pages détaillent par le menu les pratiques de Goldman Sachs, Deutsche Bank USA et Washington Mutual dans la structuration et la commercialisation de produits de dette (CDO ou collateralised debt obligations) adossés à des créances hypothécaires titrisées (RMBS), dont l’effondrement provoqua la crise financière.
Ainsi, concernant le CDS Gemstone 7 émis en 2007 par Deutsche Bank, «près du tiers de [ses] actifs était constitué de prêts subprimes hautement risqués accordés par […] trois prêteurs connus […] pour émettre des créances et des titres RMBS de piètre qualité. […] Le desk de trading de M. Lippmann [responsable du trading de CDO de Deutsche Bank] ne s’est pas opposé à l’inclusion de certains RMBS dans Gemstone 7, alors qu’au même moment, M. Lippmann qualifiait ceux-ci de ‘saleté’ ou de ‘cochonnerie’», constate le rapport.
Il explique aussi comment, à partir de 2006-2007, Goldman Sachs a vendu certains CDO à des investisseurs européens et asiatiques parce que ces instruments peinaient à trouver preneurs sur le marché américain, au moment où les sous-jacents montraient des signes de défaillance. Ce qui permet au Sénat de relever quelques perles: «En janvier 2007, après une vente de titres d’un CDO appelé Camber 7, M. Sparks [responsable de l’activité hypothécaire] écrit à M. Montag: ‘Ai besoin que vous félicitiez Peter Ostrem [patron de l’origination] et Darryl Herrick pour leur travail. Ils ont structuré comme des malades, ont parcouru le monde entier et se sont défoncés pour transformer quelques vieux gros citrons en limonade’».
Le marché de l’immobilier américain a commencé à se retourner en 2006, poussant Goldman Sachs à prendre des positions pour compte propre contre ses clients et entraînant, début 2007, la faillite des premiers CDO. Consciente des événements, la banque a accentué son effort de commercialisation. En mars 2007, «le responsable des ventes pour l’Europe et le Moyen-Orient suggéra que M. Sparks concentre ses efforts à l’étranger, parce que de tels clients n’étaient pas présents sur le marché immobilier américain et ainsi ne ‘ressentaient aucune douleur’», écrivent les rapporteurs, qui publient un e-mail édifiant de Peter Ostrem: «le Moyen-Orient, les banques françaises, les hedge funds macro pourraient et font ‘fonctionner’ ces opérations».
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