Le risque de cession du Liffe menace la fusion Nyse - Deutsche Börse

Les experts de Bruxelles estiment que le mariage entraînerait un monopole sur les dérivés, rendant nécessaire une vente du marché londonien
Florence Autret, à Bruxelles

Nyse Euronext et Deutsche Börse ont deux semaines pour tenter de faire changer Bruxelles d’approche sur le marché des dérivés, sans quoi leur fusion serait compromise. Mercredi soir, l’autorité européenne de la concurrence a transmis sa communication de griefs aux intéressés. Dans ce texte de 135 pages, selon une source proche du dossier, elle reste très proche de la lecture faite par ses services au moment de l’ouverture d’une enquête approfondie en août. Le vice-président de la Commission en charge de la concurrence Joaquin Almunia avait alors déclaré que l’opération «éliminerait un puissant concurrent sur le marché et ferait de l’entité issue de la concentration le leader incontesté du marché de la négociation des produits dérivés en Europe».

La direction générale de la concurrence fait la distinction, dans son analyse des marchés pertinents, entre marchés réglementés, d’un côté, et opérations de gré à gré, de l’autre, ainsi qu’entre Europe et Etats-Unis. Elle aboutit ainsi à des parts de marchés proches du monopole pour Liffe et Eurex, les Bourses de dérivés respectives de Nyse Euronext à Londres et Deutsche Börse à Francfort.

Dans ces conditions, les experts estiment que la conséquence logique d’une telle analyse serait de poser comme condition à un feu vert la vente de Liffe. Aucun remède dit «structurel» de ce type n’est toutefois formulé officiellement à ce stade. Pour Nyse Euronext, une telle cession est inacceptable.

Les éventuels remèdes aux restrictions de concurrence ne sont généralement discutés qu’en fin de procédure, après que les parties intéressées ont répondu aux griefs. Nyse Euronext et Deutsche Börse ont deux semaines pour le faire.

L’intégration verticale de la négociation et de la compensation au sein de Deutsche Börse, également contestée par la concurrence, pourrait s’avérer moins problématique, du fait des réformes législatives en cours. L’ouverture du silo allemand aux transactions faites ailleurs devrait en effet être rendue nécessaire par le règlement européen sur les infrastructures de marché et les dérivés actuellement en discussion au Parlement et au Conseil.

Depuis la notification du projet fin juin, les parties prenantes plaident pour une approche globale des marchés de dérivés, négociés sur des marchés organisés ou de gré à gré, ce qui diluerait mécaniquement les parts de marché de Liffe et Eurex. La décision de Bruxelles sera connue au plus tard début janvier.

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