Le prix du pétrole flambe après les attaques en Iran
L’impact est moins important qu’anticipé mais il reste substantiel. Ce week-end, des experts s’attendaient à ce que l’offensive américano-israélienne contre l’Iran propulse le prix du pétrole à des niveaux inédits depuis des années, certains voyant même un franchissement de la barre des 100 dollars. Samedi, les analystes de Rystad Energy visaient par exemple un bond de 20 dollars, à plus de 90 dollars le baril.
Lundi, le cours du Brent bondissait finalement de plus de 8%, à 78,5 dollars, après avoir touché 81,5 dollars dans la nuit. Des niveaux plus vus depuis janvier 2025 après l’imposition de sanctions renforcées contre la Russie. Ils surpassent même les prix atteints en juin dernier lors de la précédente offensive des Américains et des Israéliens contre l’Iran.
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Le gaz européen s’envole
Les investisseurs s’inquiètent des conséquences de cette guerre sur l’approvisionnement mondial en pétrole. La République islamique représente plus de 3% de la production mondiale d’or noir et, surtout, elle est en mesure de bloquer le détroit d’Ormuz, un point de passage clé par lequel transite environ 20% de l’or noir de la planète. Selon Jorge Leon, responsable des analyses géopolitiques chez Rystad, ce bras de mer voit habituellement passer de l’ordre de 15 millions de barils par jour (b/j) et même si des routes alternatives existent, 8 à 10 millions de b/j resteraient entièrement dépendants de ce passage.
Le détroit d’Ormuz est également un chemin clé d’exportation pour le gaz naturel liquéfié (GNL), notamment celui produit par le Qatar, ce qui n’est pas sans conséquence pour le marché européen du gaz. Lundi, Qatar Energy a d’ailleurs annoncé l’arrêt de sa production de GNL. En réaction, le cours du TTF de Rotterdam s’envolait ainsi de 40%, à plus de 44 euros le mégawattheure (MWh), le 2 mars dans l’après-midi.
La hausse du cours de l’or noir, moins marquée qu’anticipé peut s’expliquer par plusieurs facteurs. D’abord, les principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+) ont annoncé une hausse plus importante que prévu de leur production dimanche, à 206.000 barils par jour en avril contre 137.000 anticipés, même si leur capacité à exporter ces barils supplémentaires interroge dans le contexte actuel.
Les frappes américaines avaient par ailleurs été en partie anticipées ces derniers jours, le cours du Brent ayant déjà grimpé de 20% depuis le début de l’année avant les évènements de ce week-end. Enfin, le président américain Donald Trump a indiqué que des négociations pourraient reprendre avec les dirigeants iraniens, ce qui laisse espérer que le conflit ne durera pas. Le temps durant lequel le détroit d’Ormuz restera fermé est en effet le principal déterminant pour l'évolution des cours du pétrole et du gaz.
Les derniers développements sur le terrain n’incitaient toutefois pas à l’optimisme. L’Iran a continué à frapper Israël et des bases occidentales dans la région lundi tandis que les attaques contre la République islamique se poursuivaient.
La durée sera clé
«L’impact négatif sur les marchés d'événements géopolitiques notables se mesure généralement en jours ou en semaines seulement ; on pourrait d’ailleurs soutenir que le marché en a de plus en plus conscience et réagit désormais moins aux grands chocs géopolitiques qu’il y a quelques années», note Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank, dans une note, tout en précisant que, «l’un des risques persistants demeure une incidence prolongée sur le prix du pétrole».
En supposant que l’Iran réponde de manière mesurée, laissant le détroit d’Ormuz globalement ouvert, et que les exportations d’or noir de la République islamique ne chutent que de 0,8 à 1,5 million de b/j pendant quatre à dix semaines, les spécialistes de DWS s’attendent à ce que le prix de l’or noir grimpe avant de revenir à des niveaux «légèrement inférieurs à ceux datant d’avant l’éclatement de la crise».
En revanche, une riposte iranienne plus forte entraînant une fermeture partielle du détroit ralentirait le transport maritime, «certains navires étant retirés du service, tandis que la hausse des coûts d’assurance et le recours potentiel à des escortes navales réduiraient la productivité de la flotte», prévient le gérant d’actifs allemand. Dans ce scénario, le prix du Brent pourrait dépasser 100 dollars le baril, comme début 2022, avant de rebaisser «lorsqu’une sortie de crise se profilera». En cas de blocage complet du détroit d’Ormuz, l’impact serait «plus long et plus soutenu», avertit DWS.
Au-delà d’un possible blocage persistant du détroit, des destructions d’infrastructures énergétiques pourraient également porter durablement le cours du pétrole. Darwei Kung, responsable des matières premières chez DWS, se veut toutefois rassurant sur ce point en rappelant que les Etats-Unis ont toujours pris soin de maintenir la production de pétrole. «Lors des conflits plus récents, les Etats-Unis et Israël ont clairement affiché leur intention d'éviter la destruction des infrastructures pétrolières, tant pour l’Iran que pour le Venezuela», rappelle-t-il. Lundi, une raffinerie saoudienne n’en a pas moins été touchée par un drone iranien.
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