Le pétrole pourrait poursuivre sa hausse jusqu’à 80 dollars
Environ +40% depuis janvier, +3% entre mardi et mercredi à près de 72 dollars pour le baril de Brent et de 69 dollars pour le brut WTI… Les cours du pétrole pourraient encore grimper dans les prochains mois, mais jusqu’où ? Mardi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés de l’Opep+ ont confirmé le rythme des assouplissements progressifs décidés en avril sur leurs coupes de production jusqu’à fin juillet. Ces pays avaient réduit leur offre de -9,7 millions de barils/jours (mbj) en mai 2020 à la suite de l’accord du 12 avril, puis de -7,7 mbj d’août à décembre. Ces coupes demeurent donc importantes, malgré la réinjection de 2,3 mbj depuis janvier. Souhaitant probablement voir l’évolution de la demande de carburant avec le début de la saison estivale, l’Organisation, qui se réunira à nouveau le 1er juillet, n’a pas pris de décision pour août, ni abordé la question de l’Iran. «Elle préfère rester très prudente sur ces questions, quitte à ajuster sa production avec un peu de retard», remarque Olivier Daguin, gérant matières premières chez Ofi AM.
Stocks en baisse
Concernant l’offre, le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh a suggéré de faire de cette question une priorité du prochain gouvernement - qui sera élu le 18 juin – en vue de quasiment tripler la production de brut actuelle du pays, de 2,4 (dont 1,9 mbj pour sa consommation domestique) à 6,5 mbj… Mais les négociations, qui entameront un nouveau cycle à Vienne la semaine prochaine pour relancer l’accord international dénoncé en 2018 par Donald Trump sur le programme nucléaire iranien (JCPoA), avancent assez peu. «Et quand bien même un accord serait trouvé, la production de l’Iran ne remonterait pas au-dessus de son niveau d’avant les sanctions américaines contre ses exportations, à 3,8 mbj», poursuit Olivier Daguin.
Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) établissait l’offre à 93,4 mbj à fin avril. Les restrictions de l’Opep+ (et de l’Arabie saoudite) ont permis de réduire plus vite les stocks des pays de l’OCDE, de 3,2 milliards de barils jusqu’en septembre 2020 à près de 2,9 milliards désormais, presqu’au niveau de leur moyenne sur cinq ans entre 2015 et 2019, précise Giovanni Staunovo, stratégiste chez UBS : «A notre avis, le marché accueillera un approvisionnement supplémentaire de l’Organisation dans les prochains mois, et aboutira à une nouvelle hausse des cours autour de 75 et 72 dollars le baril (Brent et WTI).»
Espoirs sur l’aérien
Tout dépendra surtout de la demande, qui avait chuté de 98 à 78 mbj au printemps 2020, avant de remonter à 93 mbj fin mars selon l’AIE, qui prévoit un retour au-dessus de 99 mbj d’ici à fin décembre. L’Opep évoquant les mêmes chiffres, ce qui reviendrait à une augmentation de 6 mbj à 96,5 mbj en moyenne sur l’année. Aux Etats-Unis, la «driving season» a débuté le week-end dernier avec le Memorial Day, et la demande d’essence a bondi ce dimanche 10% au-dessus de sa moyenne des quatre précédents. «Elle augmente traditionnellement de 1,5 à 2 mbj au troisième trimestre avec les déplacements touristiques et les besoins de climatisations de l’été. Mais la voir revenir au quatrième trimestre à un niveau d’avant-crise nécessiterait une forte reprise de la demande en Inde et du trafic aérien (moyens et longs courriers), ce qui paraît peu probable», juge Olivier Daguin. Dans ces cas, un retour du baril de Brent entre 80 et 85 dollars serait possible.
Vaccinations, regains de tensions au Moyen-Orient, tempêtes tropicales dans le Golfe du Mexique à la rentrée, baisse du dollar… John Plassard, stratégiste de Mirabaud, estime que les cours pourraient s’envoler au-delà, pourquoi pas jusqu’à 100 dollars fin 2021 avec un début de «super-cycle» sur les matières premières, qui aurait des effets négatifs sur la consommation américaine et la croissance mondiale, et un peu de spéculation sur les marchés à terme, qui voient pour l’instant plutôt les cours diminuer à douze mois. «C’est un objectif de cours possible à moyen terme, avec les effets cumulés du manque d’investissements et des pressions politiques liées à la transition écologique sur les ‘majors’ pour ne pas les renouveler qui pourraient se faire sentir à partir de 2023-2024», nuance Olivier Daguin. Le boom sur les prix de l’énergie devrait d’ailleurs aussi offrir aux compagnies une opportunité de financer cette transition, remarquait une récente note de Scope Ratings.
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