Le marché monétaire euros reste sensible à la «surliquidité»

L’écart entre les contrats à terme sur l’Euribor 3 mois et un équivalent €STR est proche d’un record.
Fabrice Anselmi
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Certains stratégistes estiment que ces liquidités diminueront encore de 4.200 à 2.900 milliards en 2023  -  Bruno-Germany/Pixabay

Le marché monétaire euros est encore en proie à la «surliquidité». L’écart entre les contrat à terme sur le taux interbancaire Euribor 3 mois (Eur3m) et les swaps à 3 mois sur le taux monétaire au jour le jour €STR a diminué depuis l’été, mais moins que l’écart entre les taux spot Eur3m (2,60%-2,70%) et €STR (2,40%). La distance entre les deux approches atteint un niveau élevé, s’étonnent les stratégistes de Société Générale CIB : «La base ‘spot’ semble trop faible compte tenu de l’excès de liquidité actuel, en partie du fait d’importantes entrées de capitaux sur le marché monétaire en euros depuis que les taux courts sont repassés au-dessus de 0%, indiquent Adam Kurpiel et Ninon Bachet. Mais les ‘forwards’ anticipent un élargissement qui impliquerait une baisse trop rapide de l’excès de liquidité à partir du deuxième semestre 2023.»

Après que les excès dans l’Eurosystème ont baissé de 900 milliards d’euros depuis octobre avec les remboursements anticipés des opérations de refinancement à long terme (TLTRO 3) de la Banque centrale européenne (BCE), ils estiment que ces liquidités diminueront encore de 4.200 à 2.900 milliards en 2023, mais pas jusqu’à 1.900 milliards comme c’est valorisé par les «forwards».

«L’Euribor 3 mois est actuellement autour de 2,60%-2,70%, mais le swap à 3 mois sur l’€STR atterrit anormalement autour de 2,80%, s’étonne aussi Thomas Prince, responsable des gestions obligataires et monétaires chez Groupama AM. Cela semble indiquer que les banques n’ont plus besoin de financements très courts (à 3 mois).» Anticipant les hausses de taux, elles ont émis ces derniers mois d’importants montants de créances négociables sur les marchés monétaires, comme en témoigne l’encours de plus de 200 milliards de Neu CP en France, et d’emprunts «de gros» (wholesale) auprès leurs homologues. «Dans le même temps, les flux vers les fonds monétaires ont été conséquents : cela crée un déséquilibre faute de papier suffisamment disponible sur les marchés monétaires à 3 mois, qui ne tiennent pas compte des hausses de taux et baisses de liquidités à venir, alors que les marchés à terme anticipent cela», estime Thomas Prince, pour qui la volatilité croissante de ces marchés explique aussi la volonté d’un pilotage fin des retraits de liquidités. Dans ce contexte, les stratégistes de Société Générale CIB suggèrent qu’il y a de la place pour un rapprochement entre les deux visions, synonyme de portage pour les contreparties qui reçoivent des «forwards».

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