Le duel Macron - Le Pen va rythmer les marchés
Une demi-surprise. Et quinze jours qui s’annoncent sous tension pour les marchés d’ici le deuxième tour, prévu le 24 avril. Emmanuel Macron et la candidate d’extrême droite (Rassemblement national) Marine Le Pen s’affronteront donc au second tour de l'élection présidentielle. Avec un net avantage au président sortant, avec 27,84% des voix, devant la candidate du RN, à 23,15%.
Après des mois d’une campagne électorale atypique – en partie percutée par la crise du Covid 19 puis par la guerre en Ukraine - qui a peu mobilisé, l’abstention, à 26,3%, a été plus élevée qu’il y a cinq ans parmi les 48,7 millions d'électeurs qui étaient appelés à départager les 12 candidats à l’Elysée.
Avec la troisième place pour l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon (21,95%), ce scrutin confirme «la fin de la bipolarisation de la Vème République», soulignait dimanche soir sur Arte le politologue Pascal Perrineau. Les deux partis ayant gouverné la France de la Vème République jusqu’en 2017 réalisent le pire score de leur histoire : Valérie Pécresse (LR) a réuni 4,78% des suffrages, et Anne Hidalgo (PS) 1,75%.
Quid des reports de voix ? Dimanche soir, amorce d’un front républicain, les candidats Valérie Pécresse, Yannick Jadot (Verts), Anne Hidalgo, Fabien Roussel (PC) ont appelé à voter Emmanuel Macron pour contrer l’extrême droite. Ainsi que - plus ou moins - Jean-Luc Mélenchon, précisant à ses militants «Vous ne devez pas donner une seule voix à Mme Le Pen».
Politiques économiques à l’opposé
En termes de programmes économiques, le candidat Emmanuel Macron avait dévoilé des propositions qui s’inscrivent dans la continuité de la politique économique qu’il a menée ces cinq dernières années. Avec pour priorités « la souveraineté et l’indépendance énergétique et alimentaire », un investissement massif dans les secteurs d’avenir pour continuer d’innover. Ses réformes majeures potentielles ? Les droits de succession, et l’augmentation de l'âge de la retraite à 65 ans au lieu de 62 ans. Sa stratégie énergétique reste la même : accélérer sur les rénovations thermiques, relancer le nucléaire, et développer des filières industrielles 100% françaises sur «tout le cycle de production du véhicule électrique».
Marine Le Pen, elle, a promis de réduire les prix du gaz et de l'électricité, de couper dans les taxes et les impôts pour augmenter les salaires, avec par exemple une baisse de la TVA de 20% à 5,5% sur l'énergie et une suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans. Elle a aussi émis des propositions autour de la « préférence nationale », thème fétiche de l’extrême droite : réduire les aides sociales aux étrangers, attribuer les marchés publics aux entreprises françaises, mettre fin aux traités de libre-échange… Elle a aussi dit vouloir nationaliser des sociétés concessionnaires d’autoroutes.
Elle propose également un prêt national avec un intérêt nominal de 2% par an (connu sous le nom de « grand emprunt ») pour investir dans les nouvelles technologies. «C’est la proposition économique qui pose le plus de questions puisqu’on peut se demander pourquoi la France emprunterait-elle à 2% à ses citoyens alors qu’elle peut emprunter sur les marchés financiers à un coût très faible, proche de 0% sur une période de dix ans ? Cette mesure serait très coûteuse pour les finances publiques du pays», s’inquiétait dimanche John Plassard, spécialiste en investissement chez Mirabaud Asset Management, dans une note d’analyse.
Fortes implications européennes
Comment les marchés accueilleront-ils les résultats de ce premier tour ? «La présidentielle française a plus d’implications européennes que nationales», depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, soulignait la banque Goldman Sachs dans une note d’analyse vendredi dernier. «Un changement de présidence française ou une augmentation des chances d’une victoire de Marine Le Pen est susceptible de déclencher des tensions sur les marchés, repoussant certains risques souverains au premier plan et augmentant la prime de risque sur actions», anticipait-elle.
Bien que Marine Le Pen ne fasse plus campagne pour un «Frexit», le résultat de cette élection reste majeur pour l’avenir de l’Europe. «En effet, l’objectif de Marine Le Pen reste celui de limiter l’influence de l’UE sur l'élaboration des politiques françaises, alors que Mr Macron, lui, souhaite une intégration européenne plus poussée», soulignait NN Investment Partners jeudi dernier.
Ces prochains jours, plusieurs actifs seront à surveiller sur les marchés : l’euro, qui a baissé face au dollar ces dernières semaines, ainsi que l’écart (le spread) entre OAT et Bund, remonté à 53 points de base la semaine dernière. «Le spread entre les deux rendements devrait s’écarter un peu (10 à 15 pb). Une certaine tension pourrait aussi apparaître sur les rendements italiens souvent «solidaires» des OAT», note John Plassard de Mirabaud.
Pour l’heure, lundi matin, les OAT surperforment les emprunts d’Etat des autres pays de la zone euro. Le rendement de l’OAT à dix ans s’inscrit en hausse de 3,7 points de base, à 1,279%, tandis que celui du Bund allemand à dix ans monte de 4,4 points de base, à 0,757%. Dans le même temps, les indices CAC 40 et SBF 120 gagnent tous deux 0,4% à la Bourse de Paris tandis que le Stoxx Europe 600 abandonne 0,73%.
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