Le capital-investissement français affiche son programme présidentiel
Petite révolution à l’Afic. Alors qu’une partie des membres de l’Association française des investisseurs pour la croissance vit des levées de FCPI et FIP dits «ISF», le lobby français du private equity a prôné hier la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, lors de l’annonce de ses 16 propositions pour l’élection présidentielle française. «Ce n’est pas un impôt neutre économiquement. Il a des effets de seuil sur les biens professionnels préjudiciable au développement des entreprises», plaide Paul Perpère, promu récemment directeur général de l’Afic. Cet «impôt isolé en Europe» explique selon lui «le faible nombre d’ETI en France».
En 2012, lors de la précédente campagne présidentielle, l’Afic ne s’était pas exprimée sur le sujet. La position exprimée hier reflète «la volonté qui s’affirme d’année en année de faire reconnaître notre utilité collective», explique Olivier Millet, président de l’Afic et président du directoire d’Eurazeo PME. «Avant, nous étions plus secrets, plus catégoriels». Pour ne pas léser les sociétés de gestion qui dépendent des produits défiscalisés, l’association professionnelle souhaite néanmoins un élargissement de la réduction de l’impôt sur le revenu liée aux FCPI et FIP, des véhicules dédiés à l’innovation et aux PME régionales.
Afin de favoriser l’accompagnement de long terme des entreprises, l’Afic propose par ailleurs de limiter à 25% la taxation des plus-values mobilières, en recréant un prélèvement libératoire forfaitaire, ou encore de favoriser le réinvestissement des plus-values en fonds propres dans les start-up. L’Afic préconise aussi des mesures fiscales pour le partage de la valeur entre salariés, cadres et dirigeants d’entreprises. Elle veut notamment un retour au régime d’attribution d’actions gratuites de la loi Macron, détricoté par la loi de finances 2017. La profession ne chiffre par le coût de son programme, mais estime qu’il augmenterait la croissance des sociétés en portefeuille, donc les recettes fiscales de l’Etat.
L’Afic veut par ailleurs «orienter plus d’épargne française vers l’actionnariat dans des start-up, PME et ETI», alors que seul «1%» des montants gérés par les institutionnels tricolores est dédié dans le non-coté. Elle propose d’abaisser le taux de calibrage des investissements non cotés de 39% à 30% dans le régime Solvabilité 2, et de faciliter l’accès de l’assurance vie à davantage de types de fonds de private equity. Sur ce point, des discussions sont en cours avec le Trésor, assure Paul Perpère.
Enfin, pour doubler à moyen terme la taille du marché français du private equity, l’association souhaite un meilleur accompagnement du financement de l’innovation et des infrastructures, avec par exemple la création des fonds secondaires abondés en partie par Bpifrance et destinés à faciliter la sortie des investisseurs en capital-risque. La création de Bpifrance est d’ailleurs, selon Olivier Millet, le «vrai succès» du quinquennat de François Hollande marqué à la fois par la révolte des «pigeons» et la loi Macron. Quelle que soit l’issue du scrutin à venir, «on a l’impression qu’on pourrait trouver un gouvernement plus pro-business à l’égard des PME», espère le président de l’Afic.
Le lobby va adresser ses propositions aux candidats et veut rencontrer les équipes de campagne. A l’exception du Front National. Marine Le Pen «n’est pas dans le haut de nos priorités, mais il sera toujours temps de s’adapter au second tour de l’élection», déclare Olivier Millet. Et si le candidat LR François Fillon pourfend l’ISF, l’Afic assure n’apporter son soutien à personne.
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