L’action EDF est suspendue en attendant des précisions de l’Etat
L’Etat précisera les modalités de sa montée au capital d’EDF à 100% d’ici au 19 juillet, a annoncé mercredi le ministère de l’Economie et des Finances, alors que le marché s’interroge actuellement sur la prime qui devrait être offerte aux actionnaires minoritaires.
«L’Etat mène actuellement les travaux permettant d’en définir les modalités et précisera ses intentions au plus tard le 19 juillet 2022 avant-bourse», a indiqué Bercy dans un bref communiqué. L’Etat détient actuellement environ 84% du capital du groupe énergétique.
EDF, de son côté, a annoncé mercredi matin avoir demandé la suspension de la cotation de ses titres de capital jusqu'à nouvel ordre. «Aucune autre communication ne sera faite par la société à ce sujet jusqu'à la publication par l’Etat d’un communiqué», a indiqué l’entreprise dans un communiqué.
Selon Les Echos, qui citent une source proche du dossier, l’opération devrait intervenir en octobre ou en novembre. Un comité d’expert devrait par ailleurs être prochainement nommé pour définir le juste prix des actions d’EDF, ajoute le quotidien. Contactés, EDF et le ministère de l’Economie et des Finances n’ont pas fait de commentaire.
Une action électrisée par Elisabeth Borne
La Première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé la semaine dernière devant les députés que l’Etat avait décider de monter à 100% du capital de l’énergéticien. Depuis la déclaration de la locataire de Matignon, l’action EDF a bondi de 30%. Le titre a clôturé mardi à 10,23 euros.
Les intermédiaires de marché s’interrogent depuis cette annonce sur la potentielle prime que le gouvernement pourrait consentir pour sortir les actionnaires minoritaires du capital de l’électricien. La banque JPMorgan a récemment estimé que l’Etat pourrait proposer une offre proche de 12 euros par titre.
Selon plusieurs médias, l’exécutif pourrait débourser 10 milliards d’euros pour à la fois acquérir les quelques 16% du capital d’EDF qu’il ne possède pas et racheter des obligations convertibles émises par la société. Sur la base de ces éléments, Morgan Stanley calcule un prix par action de 12,6 euros.
L’Adam veillera au grain
La présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), Colette Neuville, a indiqué à L’Agefi qu’elle veillerait au prix proposé aux actionnaires minoritaires. «Cette nationalisation est une bonne nouvelle», a-t-elle déclaré. «Mais les minoritaires doivent être désintéressés au juste prix. Au regard de la situation actuelle d’EDF et des inconnues sur son avenir (scission…), une analyse classique sur le cours moyen sur trois mois ou sur le DCF [‘Discounted cash flow’, une méthode d'évaluation financière via les flux de trésorerie actualisés, NDLR] ne nous paraît pas pertinente», a développé la présidente de l’Adam.
EDF fait actuellement face à de nombreuses difficultés. Le groupe a dû abaisser à plusieurs reprises ses prévisions de production nucléaire en France pour 2022, en raison d’un problème de corrosion détecté sur certains réacteurs et suspecté sur d’autres. Le groupe mène actuellement sur 12 de ses 56 réacteurs en France un programme de contrôle et de réparation des tuyauteries touchées ou potentiellement concernées par ce phénomène.
La société pâtit également de la décision du gouvernement de lui imposer de vendre à ses concurrents davantage d’électricité nucléaire à prix réduit, dans le cadre du dispositif de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Cette décision a été prise pour plafonner la hausse des prix de l’électricité et limiter la facture énergétique des Français, malgré la flambée des prix de marché. Un décret publié à la mi-mars relève ainsi le plafond de l’Arenh de 100 térawatt-heures (TWh) à 120 TWh pour l’année en cours.
Forcé de racheter les volumes cédés à des prix nettement plus élevés sur les marchés, EDF a évalué l’impact de cette mesure sur son excédent brut d’exploitation à plus de 10 milliards d’euros en 2022.
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